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Un exemple banal d’un système répressif qui s’auto-alimente

Christine Ribailly, ancienne prisonnière et militante anticarcérale en révolte, était convoquée au tribunal de Gap le jeudi 12 mars 2020.

Les raisons légales : elle comparaissait pour avoir renvoyé un objet de type rond au dessus de la maison d’arrêt de Gap, une balle de ping-pong. Joli prétexte qui a réveillé notre créativité militante pour écrire quelques slogans :

  • Un maton une balle de ping-pong, un proc’ un smash
  • Balle de ping-pong à Gap, balles réelles à Palerme

En effet, le procès intervenait en même temps que des émeutes avaient cours dans les prisons italiennes suite aux mesures de confinement [ https://valleesenlutte.noblogs.org/post/2020/03/12/contre-la-peur-et-le-controle-la-revolte-eclate-dans-les-prisons-en-italie/ ]

Pourtant, lors de l’audience, les motifs d’accusation discutés n’avaient rien à voir avec cette balle de ping-pong.  On en vient là aux réelles raisons qui ont poussé le procureur de Gap à ne pas classer sans suite ces faits, des raisons éminemment  politiques. En effet, Christine fait partie de l’équipe du Café Taule, un groupe anti rep qui assure des permanences devant la maison d’arrêt de Gap depuis bientôt un an afin de soutenir et d’informer les familles de proches de prisonniers mais aussi de partager et récupérer des infos sur ce qui se passe en taule. C’est donc une membre de cette équipe qui a été poursuivie pour avoir refusé de donner sa signalétique lors d’une garde à vue, rendue par la suite illégale, et pour s’être rebellée lorsque les 7 gendarmes lui ont mis de force les menottes lors de son interpellation (c’est sûr que Christine était une grande menace face à 7 keufs sur-armés). Et cette fameuse balle de ping-pong n’a même pas été évoquée… En fait, ces poursuites ne sont qu’un prétexte pour ordonner une interpellation avec violences et obtenir des motifs valables de poursuites.

Les réelles motivations de l’interpellation de Christine sont donc la distribution de kawa, la discussion, l’entraide, et le soutien aux enfermés. Puisque l’un des buts de la taule c’est  d’isoler les gens, une solidarité entre proches et enfermé.e.s ça ne plait pas à l’administration pénitentiaire

On est face à un procès qui ne dit pas son nom, ou plutôt une pièce de théâtre. On se retrouve face à une juge, qui ne se présente surtout pas comme féministe et qui trouve le dossier de Christine « intéressant » parce qu’elle n’en voit pas souvent des casiers de femmes avec autant de mentions. Tu m’étonnes la taule elle, elle est pas féministe ! En fait, cette juge elle se présentait surtout comme « la police de l’audience », et elle a bien utilisé son pouvoir puisque la pièce de théâtre intitulée « audience au TGI de Gap du 12 mars » a été entrecoupée d’entractes.  La juge suspendait l’audience car il y avait du son dehors, du son pour Christine, du son contre les prisons, et ça, aux portes du TGI, ce n’était pas acceptable pour elle.

Du coup, Christine elle a été muselée, il fallait qu’elle montre qu’elle avait fautée. Il fallait qu’elle courbe l’échine devant la justice car c’est ça que la justice, à travers les juges et les procureurs, veut : qu’on ferme notre gueule. Christine, comme plein d’autres qui se retrouvent confronté.e.s à cette mascarade raciste et classiste, voulait faire un plaidoyer politique, un plaidoyer contre ce système, mais elle n’a pas pu.

Pourquoi ? Parce que la GAV a été déclarée illlégale. Pourtant, Christine elle l’a subi dans son corps et dans sa tête. Alors c’est vrai, que « ces pas très malins de gendarmes » n’avaient pas respecté la procédure, soit l’appel aux proches. Mais en fait, Christine, ça l’a frustré. C’était le personnage central de la pièce, celle qui devait pouvoir avoir la parole et donc critiquer  ce système en son sein. Eh bien non, elle en a été refusée, réduite à la posture habituelle et exigée des accusé.e.s : celle de fermer sa bouche et avaler quand des gens qui ne te connaissent pas (juges, procureurs, avocats), décident de façon moralisatrice et condescendante de quelle sanction tu vas écoper. 

En effet, je suis de celleux qui pensent que la sanction ne commence pas à l’issue du tribunal mais plutôt dès que le processus judiciaire est enclenché. Et encore dire ça, c’est ne pas prendre en compte l’épée de Damoclès qu’est la justice, prête à tomber à tout instant sur les racisé.e.s les pauvres, les antisociaux. Du coup Christine, elle n’a pas eu de « punition » cette fois-ci mais ce n’est que « partie de ping pong remise » car le procureur et ses sbires ont le café taule dans le mirador. Et comme nous l’avons affiché sur le TGI pendant cette journée : CREVE LA TAULE !

Et pour illustrer ce slogan et finir cette journée, les soutiens à l’équipe du Café Taule se sont rendu.e.s devant l’entrée de la maison d’arrêt pour faire une partie de ping pong symbolique (la prison est dans le centre ville de Gap). Bruyante comme il fallait pour espérer que cela soit entendu derrière les hauts murs, cette partie de ping pong a été accompagnée de feux d’artifices, pour célébrer la victoire. Laquelle ? A vous d’imaginer celle qui vous plaît !

 

 

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Les territoires d’outre-mer : ces taules oubliées

Il nous a semblé important de faire un point (non exhaustif) sur la situation dans les taules d’outre-mer pendant la pandémie, territoires souvent délaissés des sites d’information métropolitains. Les chiffres cités dans l’article, sont susceptibles d’avoir évolué légèrement.

Dans la plupart des territoires d’outre-mer, le virus y est arrivé plus tard qu’en métropole. Souvent du fait de l’insularité et en provenance de touristes, de croisiéristes ou de locaux qui ont voulu rentrer dans leur terre natale pour passer le confinement. Aujourd’hui, le nombre de cas semble limité et maitrisé dans la plupart de ces territoires en dehors de Mayotte, où la pandémie sévit encore durement. Le confinement a été déclenché en même temps qu’en France mais il est très souvent dans une phase plus précoce de son développement. Cependant, dans ces territoires colonisés, des méthodes autoritaires similaires y ont été observées, par exemple en Guadeloupe, Martinique, Mayotte et Polynésie française, le préfet a instauré un couvre-feu entre 20h et 5h, mais également à la Réunion ou certain.e.s maire.sse.s ont pris des décisions allant dans ce sens, comme dans la commune de la Possession alors que la ville ne recense aucun cas de covid !

L’archipel de Mayotte comptabilise aujourd’hui plus de 700 cas de covid-19, faisant de l’île le territoire d’outre-mer le plus touché. C’est plus qu’à La Réunion, l’autre département français de l’océan Indien, qui affiche 425 personnes infectées par le covid-19. C’est plus aussi que l’ensemble des malades recensé.e.s dans les quatre territoires de l’Atlantique : la Martinique (182 cas), la Guadeloupe (152 cas), la Guyane (138), Saint-Martin (38 cas), Saint-Barthélémy (6 cas) et Saint-Pierre et Miquelon (1).

Les problématiques carcérales rencontrées en métropole, ne s’arrêtent malheureusement pas en traversant les océans. Insalubrité, surpopulation, maltraitance sont aussi de mise dans ces taules ultramarines. En outre-mer, la population carcérale était de 5 179 détenu.e.s avant le 16 mars, 522 personnes ont été libéré.e.s depuis. Cela représente une baisse de 10,2% de la population carcérale ultramarine. « Il y a suffisamment de masques de protection pour les prisons d’outre-mer », affirme Nicole Belloubet, la ministre de la justice, 33 000 masques ont été distribués dans les prisons outre-mer, selon elle. Pourtant, partout les personnes détenues et les matons continuent d’affirmer l’inverse.

 

// GUYANE //

Un homme a été condamné début avril en Guyane à 14 mois de prison ferme pour avoir craché sur des gendarmes en se prétendant atteint du covid-19 (ce qui n’était pas le cas).

Une mutinerie a éclaté à la prison de Rémire-Montjoly début avril aussi. La prison contenait 656 détenu.e.s pour 616 places selon l’Observatoire international des prisons au début de l’année. À l’aide de matelas enflammés, les personnes détenues ont déclenché plusieurs incendies au sein de leurs quartiers et de leurs cellules, pour dénoncer les conditions d’hygiène insuffisantes, ne permettant pas de se prémunir du coronavirus. Un énorme dispositif a été déployé pour mater les mouvements de colère : la gendarmerie de Guyane, comprenant un escadron de gendarmes mobiles, des militaires de la compagnie de Matoury, mais aussi des gendarmes de l’antenne GIGN de Cayenne, avec l’appui d’un hélicoptère de la gendarmerie, mais aussi l’aide des pompiers et de l’administration pénitentiaire.

Les gendarmes interviennent pour « rétablir l’ordre » à la prison de Rémire-Montjoly

 

Le Centre de Rétention Administrative (CRA) Félix Eboué en Guyane s’est vidé, toustes les détenu.e.s ont été libéré.e.s. Cependant, la CIMADE dénonce qu’il reste ouvert: « Ce qui est aberrant, c’est que d’une part, le centre de rétention reste ouvert et continue à accueillir des personnes, alors que c’est totalement illégal ; c’est illégal parce que la préfecture n’est pas normalement en droit d’enfermer les personnes quand elle n’a pas la capacité d’organiser leur expulsion ».

Avec plus de 60 % de la population sous le seuil de pauvreté, les familles modestes sont majoritaires en Guyane. Nombre d’entre elles, sans papiers, ne touchent pas les minima sociaux et dépendent du secteur informel, presque à l’arrêt.

 

// MAYOTTE //

À Mayotte, la moitié de la population sont des étranger.e.s, 84% de la population vit sous le seuil de pauvreté, dont une grande partie dans des bidonvilles sans eau potable. Dans ces conditions où le confinement ne peut que très difficilement être appliqué, un homme a été condamné à trois mois de prison ferme pour ne pas avoir respecté le confinement.

Dans les quartiers les plus pauvres, le confinement doit se faire dans des conditions difficiles et de grande promiscuité : plusieurs personnes dans des petites cases très précaires, sans eau courante et sous une chaleur écrasante. À Mayotte, quatre logements sur dix sont en tôle, selon l’INSEE (2017). A Mayotte, comme dans certains autres territoires d’outre-mer, la situation est très préoccupante : manque de moyens médicaux, pénuries alimentaires, les habitant.e.s ont plus peur de mourir de faim, que du virus.

Des milliers d’immigré.e.s comorien.ne.s s’entassent et survivent, sans eau ni électricité, dans le bidonville de Kaweni, le « plus grand bidonville de France »

 

Mayotte, fait face à une double épidémie depuis le début de l’année. Une terrible épidémie de dengue qui a provoqué une douzaine de morts et plus de 3 000 cas confirmés.

Le centre de rétention administrative est transformé en zone de quarantaine pour les ressortissant.e.s arrivant des Comores par voie légale ou clandestine afin de ne pas submerger le Centre hospitalier.

Des émeutes ont eu lieu à Mamoudzou le week-end dernier, alors qu’un couvre-feu est en place sur l’ensemble du territoire mahorais. Les flics ont utilisé plus de 300 grenades lacrymogènes, des LBD et des grenades de désencerclement. Le député Mansour Kamardine demande un « envoi à Mayotte de professionnels aguerris à la sécurité publique en zone difficile et en nombre suffisant pour garantir la sécurité publique ». Une réponse sécuritaire alors que le problème est essentiellement économique et social.

 

// RÉUNION //

À la Réunion, des masques moisis recouverts d’une couche verdâtre ont été livrés.

L’inquiétude est d’autant plus grande à La Réunion, car comme à Mayotte, ce virus nouveau cohabite avec une épidémie de dengue, plus mortelle et bien installée. Au total, 4 207 cas ont été recensés depuis le 1er janvier, selon les chiffres communiqués par l’ARS. C’est dix fois plus que le nombre de personnes contaminées par le covid-19.

Un détenu, sans domicile, jugé en comparution immédiate et écroué, a été dépisté positif au coronavirus à la prison de Domenjod mi-avril. Il a été transféré au CHU puis il est retourné en taule au sein de l’unité spéciale covid. Cet espace créé récemment au vu du contexte est isolé et seuls les surveillants pénitentiaires « volontaires » pourront y accéder. Le détenu n’ira pas dans la cour de promenade. Confiné en taule, façon agréable de passer sa quatorzaine, n’est-ce pas. Selon l’administration « les agents en contact avec ce détenu ont tous été testés négatifs » mais quant est-il de ses co-détenus quand il est arrivé ?

Sinon, des dizaines de personnes détenues ont déjà pu quitter les trois sites pénitentiaires de l’ile, Saint-Denis, le Port et Saint-Pierre, grâce à ces libérations anticipées qu’on sait être juste un effet d’annonce, pour acheter la paix dans les taules. Près de 70 personnes détenues sont éligibles au dispositif mis en place par le Ministère de la Justice, on est ravi.e.s !

 

// POLYNÉSIE FRANÇAISE //

En Polynésie française, 60 cas de covid-19 ont été confirmés depuis le 11 mars 2020.

Dans la taule de Nuutania, la surpopulation carcérale est passée de 190% le 16 mars 2020 à 163% aujourd’hui. 45 détenu.e.s sont sorti.e.s, principalement pour être transféré.e.s au centre de détention de Papeari. A Nuutania, plusieurs détenu.e.s sont « suspectés d’être porteurs du covid-19 et mis en confinement ».

Le centre pénitentiaire de Faa’a-Nuutania

 

En Polynésie, très peu de personnes ont été à ce jour libérées alors qu’une quinzaine de dossiers de détenu.e.s avaient été étudiés. Cela est directement lié au fait que la plupart des détenu.e.s libérables ne possèdent pas de domicile.

 

// GUADELOUPE //

En Guadeloupe, certaines communes sont privées d’eau en pleine crise sanitaire. Bien qu’habitué.e.s aux coupures d’eau selon « un planning précis et sur douze heures maximum », depuis maintenant 13 jours, il n’y a en fait plus du tout d’eau. Certain.e.s reçoivent cependant une facture car l’air qui circule dans les tuyaux fait tourner le compteur.

En 2018, le centre pénitentiaire de Baie-Mahault était la prison française qui connaissait le plus fort taux d’occupation, avec une densité carcérale à près de 208%. D’une capacité de 480 places, ce site enferme 730 détenu.e.s. Certaines cellules pour quatre personnes comptent jusqu’à neuf couchages. Pour un budget de 56,2 millions d’euros, un projet d’extension a été voté visant à augmenter la capacité de 340 places et devrait être livré en 2023. Super !

Sinon un surveillant pénitentiaire de Baie-Mahault a été infecté par le covid-19, mais sorti d’affaire…

 

// MARTINIQUE //

En Martinique, les prisonnier.e.s demandent aussi à l’administration pénitentiaire de prendre des mesures de protection. Face à la pénurie pour les détenu.e.s et personnel.le.s, les agents du centre pénitentiaire de Ducos ont manifesté fin mars, à cause de « l’absence de moyens adaptés face au covid-19 » et à « l’insécurité sanitaire ambiante » en raison de la progression du coronavirus.

Le tribunal administratif de la Martinique a ordonné samedi 4 avril 2020 à l’administration pénitentiaire et la ministre de la Justice de fournir masques et gants, aux détenu.e.s et auxiliaires de vies du centre pénitentiaire de Ducos et de se doter de tests de dépistage au covid-19. On salue cette initiative même si ça ne suffit pas, de plus, il est précisé que « le caractère limité des stocks disponibles impose une priorisation de cette mise à disposition », on imagine donc qui aura en dernier les masques.

Prévue pour accueillir 490 détenu.e.s à sa livraison en 1996, le centre pénitentiaire de Ducos est aujourd’hui saturé, avec deux fois plus de détenu.e.s. Cette situation de suroccupation, limitant l’espace de vie individuel réservé à chaque détenu.e, engendre une forte promiscuité et une impossibilité de fait de respecter les règles de distanciation sociale, créant ainsi le terreau idéal pour une propagation rapide du covid-19 au sein de la population carcérale et du personnel pénitentiaire.

 

// NOUVELLE-CALÉDONIE //

En Nouvelle Calédonie, le virus est aussi arrivé sur l’île, avec 18 cas confirmés.

La prison de Nouméa, Camp-Est, situé sur une presqu’île aussi baptisée « L’île de l’oubli », établissement ouvert en 1927, dans un ancien bagne reconverti en taule, est extrêmement critiquée depuis des années. Taux d’occupation de plus de 121 %, promiscuité et insalubrité aiguës, absence de salle de sport et activités quasi inexistantes. La prison a déjà fait l’objet de plusieurs condamnations. Faute de reconstruction des bâtiments, des containers maritimes tiennent désormais lieu de cellule. Depuis, les deux tiers des détenu.e.s s’entassent dans des containers métalliques, divisés en cellules de 12 m2 : une solution provisoire qui dure. Deux cellules sur trois sont des containers.

Une cellule de la prison de Camp-Est à Nouméa. Ici, 6 personnes vivent dans moins de 10m²

 

Si pour l’heure aucun cas de covid n’a été déclaré officiellement dans la taule calédonienne, toutes les conditions sont réunies pour sa rapide propagation. Surtout qu’un.e calédonien.ne incarcéré.e perd instantanément sa couverture sociale habituelle. Iel dépend alors de l’Administration Pénitentiaire pour sa santé, ce qui crée une véritable rupture d’égalité entre les personnes détenues et les autres, en termes de moyens alloués, de secret médical, de reconnaissance.

Une nouvelle taule, de 120 places à Koné, dans la province Nord de Nouvelle-Calédonie, a été commandée et doit être livrée fin 2021. Voici la solution adoptée par les pouvoirs publics. Construire toujours plus de taules au lieu de repenser le système pénal. Désespérant.

 

Quelques mots de conclusion, les outre-mer pour lutter contre la pandémie, doivent impérativement se doter de plus de souveraineté et d’autonomie afin de ne pas dépendre totalement d’une france impérialiste qui les a colonisé puis délaissé. Ces territoires seront toujours les grands oubliés des politiques, dans lesquelles les populations locales sont exclues du débat public. Un constat, toujours le même, il est plus que jamais criant dans la crise sanitaire que nous traversons, d’abolir les prisons. En métropole et en outre-mer, la prison n’est pas un lieu pour les malades, ni pour toustes les autres. Il est impossible aujourd’hui dans les prisons françaises, de freiner la pandémie. La seule solution, est pour nous, la libération de toustes les prisonnier.e.s, avec la mise en place de mesures de protection pour les victimes. Les prisonnier.e.s ne sont pas en taule pour mourir !

 

 

 

 

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Le retour du Covid 19..84 : ce que le virus nous apprend de notre société

Derrière les consignes gouvernementales et les hashtags tels que #RestezChezVous, se masque une volonté du pouvoir de distinguer les bon.ne.s citoyen.ne.s, des « irresponsables ». Ce stratagème vient justifier auprès des français.e.s effrayé.e.s par la pandémie, la mise sous surveillance et sous tutelle de quartiers entiers et le sacrifice assumé d’une partie de la population. Au même titre, la mise en place de l’état d’urgence sanitaire, est utilisé pour cautionner un système ultra-répressif.

Le non-respect du confinement, devenu infraction pénale, est le nouveau prétexte invoqué pour justifier le traitement agressif des pauvres et des racisé.e.s, ainsi que les crimes de la police. Les médias dominants, en parfaits alliés du système, s’amusent à filmer les marchés des quartiers populaires avec le biais raciste qu’on leur connait, tout en dépeignant la fuite des Parisien.ne.s comme un « exode » romantique, légitime, peu relié à la diffusion du virus dans certaines régions jusque-là moins touchées.

Nous sommes prié.e.s de nous rassembler sous une « union nationale » complètement fantasmatique, aux relents patriotiques, pour nous donner l’illusion que nous devons toustes fournir le même effort et que nous aurons le même traitement, mais c’est faux.

L’inimaginable se poursuit donc, dans un état de sidération générale.

/ TOUJOURS LES MÊMES QUI TRINQUENT /

Ordonner le confinement, c’est nier l’existence des personnes sans-abris, une cause dont Macron avait fait une promesse de campagne, restée sans suite évidemment. « Restez chez vous », certes, mais l’état n’a que faire de celleux qui n’ont justement pas de chez soi. Rien n’est fait, si ce n’est les amendes et les condamnations qui tombent. Passer le confinement dans un appart petit, mal isolé, délabré et partagé avec plusieurs habitant.e.s ou dans une grande maison secondaire en campagne n’implique pas les mêmes réalités, mais comme toujours ces inégalités ne sont pas prises en compte par les autorités.

La dissuasion par la sanction économique, dans une société de classes sociales inégalitaires, c’est le meilleur moyen de punir toujours les mêmes, tout en laissant les plus riches tranquilles (pour partir en week-end par exemple). Pour plus de 3 infractions aux règles du confinement en 30 jours, l’amende peut s’élever à 3750 euros : soit presque deux fois et demi le SMIC mensuel brut. Au-delà de la sanction économique, l’état complète son arsenal par des peines de prison (jusqu’à 6 mois de prison ferme au-delà de 3 amendes). Nous avons vu ces derniers jours les premiers cas d’incarcération pour non-respect du confinement, nous en sommes aujourd’hui à des dizaines de condamnations. A l’heure où les prisons sont des véritables foyers de contamination, le binôme police-justice continue son sale boulot.

Tandis que le covid enrichit les gros supermarchés, dont le chiffre d’affaire a augmenté sous l’effet de la panique généralisée, certain.e.s (le plus souvent celleux qui sont déjà précaires en temps normal) n’ont plus assez d’argent pour payer leurs courses, comme dans le sud de l’Italie, où des personnes ont tenté de passer aux caisses, caddie plein, sans payer. On le sait, beaucoup de personnes précaires travaillent dans ce qui est appelé l’économie souterraine, or ce secteur est en partie à l’arrêt aujourd’hui. Ces personnes se retrouvent donc sans filet de sécurité financier à l’image des travailleur.eus.es du sexe. Une cagnotte solidaire a été mise en place, vous pouvez les aider ici, si vous le voulez.

Également, le covid exacerbe encore plus les inégalités scolaires. Puisque l’école est le miroir des inégalités, il est évident que l’école à la maison, c’est pire : toutes les familles n’ont pas un ordi pour chaque enfant et/ou un accès à internet. Parmi les familles confinées dans le même espace, de nombreux parents ne parlent pas ou peu français… Des profs, conscient.e.s de ces inégalités, s’organisent pour éviter que cette pandémie ne creuse encore plus le fossé. Les étudiant.e.s ne sont pas en reste, puisque le confinement met les plus précaires d’entre elleux dans des situations extrêmement difficiles. Les aides gouvernementales, arrivées tardivement, sont insuffisantes. Les étudiant.e.s, pour qui les cours continuent, souvent logé.e.s seul.e.s dans de petits logements (au Crous ou ailleurs), doivent aussi affronter la perte de leur travail, qui pour nombres d’entre elleux est leur source de revenu principale.

Les personnel.le.s hospitalier.e.s, dont le gouvernement a hypocritement fait nos héro.ïne.s, après des années de casse des hôpitaux, est évidemment en première ligne face au virus. Pourtant, on oublie souvent les « petites mains », employé.e.s aux cuisines, au nettoyage ou à la blanchisserie, indispensables au fonctionnement des hôpitaux, dont l’accès au matériel de protection contre le virus, déjà insuffisant chez les soignant.e.s, se fera indéniablement en dernier. Sans parler de toustes les autres, ouvrier.e.s, routier.e.s, éboueur.se.s, postier.e.s, etc.

Le problème : beaucoup de grosses entreprises non essentielles ont maintenu leurs activités, mettant ainsi en danger leurs salarié.e.s, comme les entreprises du domaine aéronautique, les constructeurs automobiles comme PSA, ou les entreprises de livraison à domicile. Plutôt que de réduire son activité, Uber Eats a même développé un partenariat avec Carrefour, faisant ainsi des livreur.se.s sans papiers, plus que jamais, des cibles d’arrestations – plusieurs ont d’ailleurs déjà été enfermé.e.s en centre de rétention administrative (CRA) depuis le début du confinement. Pour les secteurs essentiels, les travailleur.se.s sont très mal protégé.e.s. Les entreprises ont tardé avant d’instaurer le port de masque, surblouse, gants, gel ; la conséquence d’une part, de la course au profit qui passe avant la santé des travailleur.se.s, et d’autre part de l’incohérence des consignes gouvernementales à ce sujet.

La solution trouvée par les dirigeant.e.s : le recours aux personnes exilées de leur pays d’origine, en demande d’asile en France (dont on se souvient soudainement de l’existence !). Une main d’œuvre bon marché, muselée par sa situation administrative et financière, sur laquelle on compte pour faire du travail de maraîchage et alimenter les supermarchés. Les prisonnier.e.s sont également utilisé.e.s comme main d’œuvre pour la fabrication de masques alors qu’eux.elles mêmes en font expressément la demande depuis le début de la crise ; aux États-Unis, iels creusent les tombes des morts du covid. Toujours les mêmes en première ligne, les tâches élémentaires sont exécutées par des personnes précaires/racisé.e.s, qui sont elles aussi réquisitionnées pour continuer à travailler dans leur secteur. Cette politique a d’ores et déjà fait des mort.e.s. Parmi quelques cas, à Saint-Denis, Aïcha, caissière, est morte du covid, un salarié de la RATP, encadrant au dépôt de bus d’Aubervilliers en est décédé aussi, tout comme un salarié de l’usine de filtres moteur Cummins filtration de Quimper, un salarié de l’usine Renault d’Elbeuf (Seine-Maritime) et un personnel de sécurité du CHU d’Amiens. À Londres, ce sont 20 chauffeurs de bus qui sont décédés du coronavirus, faute de mesures de protection suffisantes, et alors même que la fréquentation des bus a drastiquement diminué. Iels sont aussi mort.e.s à cause du système capitaliste, le pouvoir politique faisant passer comme toujours l’argent avant les gentes. Toujours les mêmes, donc, qui sont envoyé.e.s « au front », si on reprend la rhétorique guerrière de Macron.

Si en France, la Seine-Saint-Denis s’avère particulièrement touchée par la hausse de décès dus au coronavirus, les chiffres des États-Unis nous prouvent encore les liens ténus entre racisme et santé, en l’occurrence une sur-représentation des personnes racisées parmi les victimes. Ainsi, dans le Wisconsin, les personnes noires représentent 26% de la population mais 70% des décès ; au niveau national, les 13% de la population que représente la communauté noire comptent pour 33% des hospitalisations.

Aussi, les femmes, grandes oubliées des discours virilistes de Macron, sont comme toujours en première ligne, surreprésentées dans les métiers de la santé, de l’entretien, ainsi qu’à leur domicile (l’injonction à « rester à la maison » prenant tout son sens). Elles sont d’autant plus exposées aux violences conjugales, que le confinement ne fait qu’exacerber.

/ VIRUS PARTOUT : POLICE PARTOUT /

L’arbitraire des keufs est bien connu, sans cesse dénoncé, mais jamais condamné. Chaque jour, de nouveaux témoignages apparaissent pour dénoncer les comportements abusifs, racistes, classistes et sexistes des condés. On le sait, ils se sentaient déjà puissants avant, notamment depuis l’état d’urgence de 2015, mais cette situation exceptionnelle augmente leurs pouvoirs, leur champ d’action et bien sûr leurs lots d’abus et de violences. Les amendes pleuvent bien plus que les masques, surtout dans les quartiers populaires à forte densité (le 1er jour : 10% des amendes ont été données en Seine-Saint-Denis). Le contrôle policier ne s’applique pas partout de la même façon. La pression mise sur certains départements ou quartiers n’est que la continuation renforcée de la surveillance policière habituelle, tandis qu’ailleurs, dans les quartiers principalement blancs et bourgeois, le risque de croiser un policier est beaucoup plus faible (les flics se font rares dans le 16ème !).

En 2 semaines, 6 personnes ont été assassinées par la police, sans compter les blessé.e.s graves. Quelques exemples de cette répression : lors d’un contrôle de son attestation de sortie à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), Ramatoulaye B., jeune femme racisée, est brutalisée par la police. De retour des courses, elle est tasée, frappée, insultée et mise en garde à vue pour ne pas avoir présenté son attestation, des violences qui entraînent cinq jours d’ITT. Mohamed, 34 ans, assassiné par la police, à Béziers. A nouveau, c’est le plaquage ventral, technique policière meurtrière, qui est mis en cause, l’un des flics reconnaissant « s’être assis sur lui ». Sans oublier la petite fille de 5ans qui a reçu un tir de LBD dans la tête, à Chanteloup (Yvelines), sortie du coma il y a quelques jours seulement. Dans la nuit du 18 avril, à Villeneuve-la-Garenne, un jeune de 30 ans, circulant à moto, était grièvement blessé à la jambe, après avoir « croisé » un véhicule banalisé de la police. Les témoins présents sur place affirment que l’une des portières du véhicule a été ouverte délibérément, pour le faire chuter (ou pire). Encore un énième rappel du danger que représentent plus que jamais les forces de l’ordre, qui ont « carte blanche » dans les quartiers, avec un sentiment d’impunité et de toute puissance, décuplé. Les violences policières ne sont pas propres à la gestion du covid, mais exacerbées car les flics sont partout en cette période. Le confinement, les rues désertes et donc la réduction des témoins potentiel.le.s, constituent un cadre idéal pour l’exercice de leurs « fonctions ».

Côté taules, l’état nous enfume à coup de grandes déclarations, annonçant la libération de 5000 prisonnier.e.s. Ces chiffres sont évidemment faux, ils incluent des libérations et aménagements qui devaient déjà avoir lieu. Les libérations promises sont largement illusoires, le seul moyen trouvé par le gouvernement et l’administration pénitentiaire pour acheter la paix dans les taules. L’état flippe face aux révoltes et résistances qui ont secoué les prisons, d’abord en Italie, puis en France. Pour suivre l’actualité carcérale et les mutineries, lire ou écouter l’Envolée. Ces libérations ont aussi pour but de dissimuler des ordonnances arbitraires et liberticides, telles que la prolongation de la détention provisoire de 2 à 6 mois, en clair : des personnes qui n’ont pas été jugées sont donc maintenues en détention, au nom de l’état d’urgence sanitaire. Elle est loin la présomption d’innocence qui était brandie à toutes les occasions quand il s’agissait de protéger de riches hommes blancs accusés de viol, il y a encore quelques mois ! La « justice », qui ne porte plus que son nom, est rendue par visioconférence, parfois sans avocat.e.s lors des comparutions immédiates, atteignant un degré d’autoritarisme rarement égalé, faisant craindre une pérennisation dans le droit commun. Les amoureux.ses de la démocratie jugeraient cette « justice » volontiers anticonstitutionnelle.

Dans notre système la punition est synonyme d’exclusion, derrière des murs, près des aéroports pour être déporté.e.s, assigné.e.s à résidence, dans la rue… Ces personnes, laissées à l’abandon, sont encore plus fragilisées pendant le confinement. Pour l’état, elles ne méritent pas une réelle protection, alors même qu’elles font partie des personnes les plus exposées au virus. Dans les taules, où insalubrité et surpopulation sont de mise, dans les foyers où sont (mal)logé.e.s des migrant.e.s, dans les CRA encore ouverts malgré le quasi arrêt des déportations avec la fermeture des frontières… des révoltes ont éclaté dans une vingtaine de lieux d’enfermement. Parfois, des communiqués traversent les murs, remplis de rage, de colère. Dans les CRA, ces prisons pour étranger.e.s, de nombreuses révoltes et grèves de la faim ont également éclaté. Pour le suivi des révoltes dans les CRA : c’est ici.

/ LE GLISSEMENT VERS LA TECHNOPOLICE : LA RÉPONSE SÉCURITAIRE A LA CRISE SANITAIRE /

Des drones, aéronefs, hélicoptères avec caméras infrarouges pour surveiller, identifier, contrôler, amender, voire arrêter les personnes qui ne respectent pas le confinement, voici les armes que l’état français utilise contre celleux qu’il est censé protéger du virus. Depuis le début du confinement, le choix fait par le gouvernement pour enrayer la pandémie est clairement du côté de la répression : il part en chasse. L’état a maintenu les élections municipales alors même que les voyants sanitaires étaient au rouge et aujourd’hui il fait reposer la responsabilité de la propagation du virus sur « l’irresponsabilité » des gentes qui décident de sortir de chez elleux. En comparaison, sans idéalisation de l’Allemagne, certains Landers ont préféré miser sur la confiance et la responsabilité collective : les autorités ont appelé la population à réduire les contacts, mais autorisent les gentes à sortir de chez elleux (sans aucune attestation !) pour effectuer les activités nécessaires ou prendre l’air, les espaces verts restant ouverts. Si les Allemand.e.s sont prié.e.s de rester à leur domicile le plus possible, leurs sorties ne sont pas limitées stricto sensu. D’ailleurs, notre gouvernement, qui n’excelle que dans la répression, a commandé des gaz lacrymogènes pour plus de 3,6 millions d’euros, alors qu’on manque cruellement de masques, de blouses, et de tests. Une notion de l’urgence originale, mais ne soyons pas étonné.e.s, on sait très bien où sont les priorités.

La gestion du covid en France, c’est une affaire de gros sous, surtout sur le marché sécuritaire selon la Quadrature du Net. Un appel d’offre a été publié le 12 avril par le ministère de l’intérieur concernant l’acquisition de 651 nouveaux drones pour un commande s’élevant à 4 millions d’euros. En effet, des sociétés telles que Drone 06 ou Flying Eye tirent déjà profit de la vente de leurs drones équipés de hautparleurs et de caméras, et autres engins hightech de contrôle de la population. Alors qu’il n’existe aucun cadre juridique pour l’utilisation de drones par la police, de plus en plus de villes en déploient pour contrôler le respect des règles de confinement : Rennes, Rouen, Nice, une vingtaine sur Paris, Ajaccio, Toulouse, Metz, Limoges, Nantes, la région du Grand Est, Marseille, Amiens, Montpellier, Lyon… Pour ce genre d’entreprises, le covid est une aubaine puisqu’il leur permet de proposer leur matériel sécuritaire dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire, sous couvert de bienveillance : on le fait pour vous, pour lutter contre le virus. De la même façon, l’état peut justifier l’achat de l’attirail de contrôle, masquant les failles des politiques publiques en matière de santé et de prévention. Ces appareils ne sont pas nouveaux, ils servent déjà d’outils de surveillance et de répression, mais la crise permet d’étendre largement leur utilisation. Il est bien possible que tout cela se pérennise, une fois la pandémie terminée, afin de renforcer la surveillance des individu.e.s considéré.e.s comme récalcitrant.e.s, notamment les habitant.e.s des quartiers populaires, les militant.e.s, les zadistes, etc. Au passage, malgré le contexte de crise sociale et sanitaire, la gendarmerie a procédé à l’expulsion de la Zad de la Dune (Vendée) début avril, considérant l’expulsion comme une nécessité. Pour rappel, la Zad de la Dune visait à s’opposer à la construction d’un port qui aurait détruit des zones humides et terres agricoles.

Ce qui est mis en place n’est que le prélude d’une société d’auto-contrôle, facilité par nos téléphones connectés dont Orange et autres compagnies téléphoniques ont accepté de partager avec l’état français, les données privées de leurs utilisateur.ice.s. Après avoir rejeté les solutions de surveillance électronique, le gouvernement vient de céder aux multiples pressions en annonçant le développement d’une application de « backtracking ».

/ QUELLE(S) SORTIE(S) DE CRISE ? /

Alors que la France fait des cadeaux colossaux aux entreprises pour maintenir l’économie à flot et prévoit des mesures dérisoires pour sauver les habitant.e.s, la mairie de Lisbonne a décidé de suspendre les loyers dans les logements sociaux jusqu’en juin et le Portugal régularise temporairement tous.tes les sans-papiers ; l’Argentine prépare un impôt exceptionnel sur les grandes fortunes afin de les faire contribuer à l’effort, espérant récupérer ainsi 2,5 milliards de dollars, destinés au matériel médical et à la nourriture pour les plus vulnérables ; le Mexique a voté une loi d’amnistie afin de désengorger les prisons, surtout pour les délits mineurs ; l’Espagne travaille sur la mise en place d’un revenu universel ; le gouvernement italien annonce un « revenu d’urgence » pour trois millions de personnes précaires, y compris pour les travailleur.se.s non déclaré.e.s et la régularisation de 200 000 travailleur.se.s sans papiers. Pour des pays européens ou extra européens, considérés en retard par leurs voisins du Nord, ces mesures sociales et solidaires, à prendre avec précaution bien sûr, sont pourtant bien plus progressistes que tout ce qu’a tenté la France depuis le début de la crise sanitaire.

En tout cas, ce qui est certain, c’est que partout, la reprise de l’économie est une urgence, pour que les entreprises ne tirent pas le rideau. Surtout ne pas remettre en question notre modèle de production. Si on nous assure que la reprise rapide de l’activité économique, permettra d’amoindrir les effets de la crise économique, c’est faux car c’est toujours les mêmes qui payeront et qui pire seront davantage exploité.e.s sous couvert qu’il faut augmenter les cadences ou garder son poste. A titre d’exemples, l’accord de reprise du travail chez Renault au Mans prévoit la possibilité d’imposer le travail de 6 jours par semaine, et de modifier la durée et le positionnement des congés payés d’été en pouvant les réduire à 12 jours consécutifs. Également, le site de Toyota d’Onnaing (Nord) a ré-ouvert son site cette semaine, malgré le désaccord des délégués syndicaux. L’urgence en ces temps d’épidémie, selon le Conseil économique et social qui a voté cette décision, serait de construire les 35 000 Toyota Yaris commandées par des client.e.s en attente de livraison depuis plusieurs semaines.

Ne soyons pas dupes, il n’y a pas eu d’erreurs ou de mauvais choix dans la gestion de la pandémie. Toutes les décisions prises incarnent une volonté assumée du gouvernement de protéger les puissants, de choisir les vies à sauver et de cibler celleux dont l’existence même est une menace à l’ordre social qu’il voudrait imposer. La pandémie donne une occasion rêvée au pouvoir de légitimer tout un tas de solutions qui paraissaient controversées et très sensibles.

A priori, si on analyse la situation d’une façon simpliste, deux solutions s’offrent à nous à la sortie de crise : continuer comme avant, sous un capitalisme sauvage, qui tue les plus pauvres et empoisonne la planète, avec en prime, on le sait, une crise sociale et économique qui nous guette et touche déjà certain.e.s d’entre nous, ou un changement radical de la société. En réalité les choses sont plus complexes, on le sait, mais il est plus que jamais primordial de faire front ensemble, quartiers populaires, personnes enfermées, Gilets jaunes, Gilets noirs, féministes, écolo, pour en finir définitivement avec ce système ! Ces 2 dernières années ont été riches de rencontres, de bouleversements, d’alliances, de rage ! Continuons ! Continuons à tisser nos convergences et dès la fin du confinement, prenons la rue. Parce que, s’il y a un virus, tout aussi meurtrier, c’est celui de l’autorité et du capitalisme, mais heureusement nous connaissons le remède, la culture de résistance ! L’état devra répondre de ses actes, attendons-le à la sortie.

En attendant la fin du confinement, continuons à hurler notre rage au balcon, à appeler les CRA, à écrire aux prisonnier.e.s, à faire des banderoles, à s’engager dans des brigades populaires, à postillonner sur les flics, à soutenir les révolté.e.s partout et surtout préparons la révolte post-confinement !

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Comment soutenir depuis l’extérieur et en confinement, les personnes enfermées

Comme vous le savez les prisonnier.e.s font face, plus que jamais, à des conditions dramatiques dans les prisons aujourd’hui à l’heure du Covid-19. Suppression des parloirs et des activités collectives, manque d’information, manque de moyens sanitaires, etc. C’est pourquoi, nous vous proposons ici des actions de solidarité pour leur montrer qu’on ne les oublie pas ! A défaut de pouvoir organiser des parloirs sauvages ou d’autres actions qui nécessitent de sortir, il y a quand même plein de choses utiles à faire depuis chez soi. Bien sur la liste n’est pas exhaustive. Il n’y pas une manière de soutenir mais plein, selon ses capacités, sa créativité, ses envies.

 

**PRISONS**

  • Écrivons des lettres

Bien sûr, comme avant le confinement, il est possible d’écrire des lettres aux personnes détenues, cependant il semblerait que le service postier soit bien ralenti. Si le courrier ne peut pas être envoyé/reçu de suite, vous pouvez toujours écrire les lettres et les envoyer quand le confinement sera levé. Les lettres permettent aux prisonnier.e.s de passer le temps, et surtout de garder contact avec le monde extérieur.

Quelques conseils : la plupart des courriers envoyés ou reçus par les personnes détenues font l’objet d’un contrôle par l’administration pénitentiaire, prenons ça en note. Aussi, pensez si vous pouvez, à mettre dans votre enveloppe avec votre lettre, un autre timbre et une autre enveloppe (et bien sur votre adresse) si vous voulez que votre correspondant.e vous réponde. Il n’est pas toujours évident de trouver des timbres en taule. Pour écrire à une personne détenue, vous devez naturellement indiquer l’adresse du centre pénitentiaire, voici un annuaire des adresses de tous les centres pénitentiaires de France ; mais ce n’est pas tout, vous devez aussi indiquer le nom et le prénom de la personne détenue, ainsi que son numéro d’écrou si vous l’avez.

Si vous connaissez le nom d’une personne ainsi que la taule où elle est détenue, vous pouvez aussi toujours essayer d’appeler l’accueil téléphonique du centre pour demander son numéro d’écrou ou envoyer sans numéro d’écrou. Si vous ne connaissez personne en taule, certaines personnes ont volontairement donné leur numéro d’écrou publiquement telles que Fabrice Boromée, écrou N°638, MC QI- 5 rue Droux, 62880 Vendin-le-vieil ou Lionel Cardon N°écrou : 2789 – Cellule : 230 -Bat : B Centre de Détention de Lannemezan Rue des Saligues, 65300 Lannemezan. Aussi des sites ici et ici regroupent quelques numéros d’écrou de GJ incarcéré.e.s. Mais bien sûr il n’y pas qu’eux.elles. Vous pouvez aussi écrire des lettres anonymes et demandez des numéros d’écrou à l’OIP ou l’Envolée journal mêmes si vous ne connaissez pas vos correspondant.e.s.

 

**CRA**

La situation dans ces prisons pour sans papiers, comme dans toutes les autres en France, est très dure : parloirs fermés, gros problèmes sanitaires, incertitude, maintien de l’activité des CRA alors que les frontières sont fermées.

  • Appelons les cabines téléphoniques

Vous pouvez appeler les cabines téléphoniques dans les CRA pour témoigner de votre soutien ! A la différence des taules, tout le monde peut discuter avec les prisonnier.e.s en CRA en appelant la cabines, les numéros sont ici. Si vous ne l’avez jamais fait et que vous vous demandez quoi dire, voilà quelques idées. Cet article donne des billes sur la démarche à suivre, y jeter un coup d’œil avant peut être utile. Si vous le souhaitez, vous pouvez envoyer les infos à la suite de votre échange à abaslescra@riseup.net (combien de personnes reste-t-il dans le CRA ? Y a t-il des libérations régulières ? est-ce que les demandes de mise en liberté sont acceptées par le juge ? quelle est la situation dans le CRA ? etc)

  • Harcelons les préfectures pour exiger la fermeture des CRA

Une initiative a été lancée qui consiste à envoyer massivement des mails aux préfectures ! Cela permet de montrer qu’on est au courant de ce qui se passe à l’intérieur des CRA et qu’on est toujours là ; c’est aussi une manière de ralentir leur sale travail en saturant leurs boites mails ! La proposition est la suivante : envoyer un mail aux pref avec le texte écrit dans l’article. L’idée est de reproduire l’envoi de ces mails TOUS LES JOURS de 11H à 12H !

  • Appelons l’administration des CRA

On peut aussi appeler en masse les numéros de l’administration des cra, pour leur faire savoir qu’on ne les aime pas et qu’on sait ce qui se passe dans les centres. Numéro de Mesnil-Amelot : 01 60 54 40 60 ou Vincennes : 01 43 53 79 00.

 

**PLUS LARGEMENT**

  • Visibilisons notre soutien et notre rage aux fenêtres

Très facile à faire, crions à 20h tous les jours à nos fenêtres et balcons notre soutien aux personnes enfermées et exigeons leur libération ! Avec une cuillère, une casserole, du son, une trompette, un triangle, une pancarte, nos voix pour crier, chanter, faire du bruit et montrer notre détermination et notre solidarité ! Accrochons des banderoles et écrivons partout que les CRA et taules doivent être fermés maintenant et pour toujours !

Ce samedi 18 avril à 18H (un mois après l’arrêt des parloirs et la privation des visites), et tous les jours qui suivent faisons du bruit pour les prisonnier.e.s. Un événement a été créé à l’occasion.

Pour les messages de soutien aux prisonnier.e.s des CRA, vous pouvez envoyer vos photos à anticra@riseup.net.

  • Parlons-en autour de nous

Vraiment pas très coûteux, mais très efficace pour faire passer un message. Parlez autour de soi des situations dramatiques dans les prisons, CRA et autres lieux d’enfermement, ça permet de visibiliser leur situation et leur lutte. Plusieurs collectifs, asso font un gros travail pour relayer la parole des personnes détenu.e.s., mais ça ne suffit pas visiblement à alerter les pouvoirs publics. En parler à ses ami.es, famille, ça compte ! Si vous avez besoin d’info pour vous informer, vous pouvez jeter un coup d’œil par exemple sur l’Envolée journal, A bas les cra, Prison insider, l’Observatoire international des prisons, Au delà des murs des prisons, notre page facebook etc.

 

Montrons aux prisonnières et prisonniers qu’i.elles ne sont pas oublié.e.s !
Montrons notre solidarité à toutes les personnes enfermées dans les prisons, les CRA et autres lieux de privation de liberté en France et ailleurs.
Et surtout, cramons la taule.
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Ne fais pas ton flic, sois sympathique

Nous avons vu resurgir des pulsions particulièrement problématiques dans le cadre de la lutte contre la pandémie du COVID 19 et la politique du confinement, ce qui nous a donné envie d’écrire.

L’injonction à « rester chez soi » et la nécessité de la distanciation sociale fournissent un prétexte spécialement inquiétant pour renforcer les pulsions de contrôle de chacun.e sur chacun.e. En effet, au nom de cet « esprit collectif », dans « l’intérêt de toustes », une surveillance généralisée des comportements s’est mise en place. Certain.e.s se sont réinventé.e.s une nouvelle passion, délateur.rice.s pro en appelant le 17 pour signaler les comportements potentiellement suspects de leurs voisin.e.s ! Félicitations, vous présentez toutes les qualités requises pour vous présenter au concours de police. La police n’a jamais autant recruté ! Pourtant même les flics trouvent que les français.es sont trop des poucaves !

Ne nous trompons pas de responsables et cherchons les vrai.e.s coupables. Bien évidemment si les gentes continuent à se rassembler, cela semble irraisonnable et irresponsable dans cette situation de crise sanitaire mais les vrai.e.s coupables sont bien tous.tes nos dirigeant.e.s totalement incompétent.e.s: Macron et toute sa clique , Buzyn, Castaner, Philippe etc. On ne dit pas qu’il ne faut pas réagir face à des situations qui paraissent problématiques, mais ne jouons pas aux keufs comme dans une mauvaise série. Si nous pensons que notre voisin.e sort trop souvent, simplement posons lui la question, essayons de le.a comprendre. Si nous voyons des personnes sans-abris qui errent, des militant.e.s qui taguent ou affichent des messages de soutien, des mal-logé.e.s qui sont dehors, ne jouons pas au bon citoyen.ne en appelant les keufs ou en les moralisant. Nous devons collectivement nous soucier de la santé et du bien-être de tous.tes mais ne devenons pas pour autant des agent.e.s du maintien de l’ordre.

Aujourd’hui la première contravention en cas d’infraction aux règles du confinement s’élève à 135€. En cas de récidive dans les 15 jours, 200€ dès la deuxième infraction et peut aussi être majorée à 450€, si elle n’est pas payée dans les 45 jours. Lorsque quatre violations du confinement sont relevées dans les 30 jours, il s’agit alors d’un délit. Il est punissable de 6 mois de prison et 3 750€ d’amende, alors même qu’il faut absolument vider toutes les prisons. Au-delà du montant indécent de ces amendes, si la santé publique guidait l’action des autorités sans exclure quiconque de ce droit fondamental, la première des mesures à prendre serait de vider un maximum les lieux d’enfermement. Plusieurs personnes ont déjà été condamnées à des peines de prison ferme pour non-respect du confinement ou à la suite d’incidents lors des contrôles comme dans la Loire, la Marne, en Vaucluse ou encore dans le Val-de-Marne. En faisant notre flic, nous remplissons les taules.

Ce mercredi 1er avril, environ 359 000 amendes ont été distribuées en France dans le cadre du confinement et parmi près de 6 millions de contrôles ont été effectués a affirmé fièrement le gouvernement ce matin (et ce n’est pas un poisson d’avril malheureusement) ! Une moyenne d’environ 23 000 amendes par jour. Si le système de santé français est à l’agonie, le système sécuritaire semble lui, parfaitement fonctionner ! Cette explosion des contraventions est l’occasion pour les forces de l’ordre de tous les abus de pouvoir, jusqu’à vérifier ce que l’on achète, le contenu de nos repas, la moindre sortie en banlieue. Bien évidemment c’est systématiquement les mêmes personnes ciblées, majoritairement des populations racisé.e.s précaires comme nous l’avons expliqué dans un article précédent. Pour rappel, l’IGPN (la police des polices soi-disant) a été saisie déjà pour de nombreuses interpellations violentes qui ont lieu dans le cadre de contrôles d’attestation de déplacement comme à Strasbourg, aux Ulis, à Asnières, à Aubervilliers…

Puisque Macron appelle le peuple à se rassembler, rassemblons-nous, pas sous un imaginaire nationaliste réactionnaire qui justifie des mesures autoritaires, privatives de libertés individuelles et de sacrifice des classes dominées au nom de l’intérêt national, mais bien sous le signe de l’entraide et de la solidarité. Être solidaire, ne veut pas seulement dire proposer de faire les courses pour ses voisin.e.s infirmier.e.s, ou docteur.e mais aussi de penser aux petites mains du capitalisme, les ouvrier.e.s qui continuent de trimer, les agent.e.s de nettoyage, les routier.e.s, livreur.euse.s, etc, il ne faut pas les oublier. Être solidaire ça veut dire aider la personne SDF qui vit en bas de chez soi. Être solidaire, c’est aider cette femme de l’étage du dessus qui se fait peut-être battre par son mari. Être solidaire ça veut aussi dire penser à toutes ces personnes enfermées qui ont besoin encore plus que d’habitude de notre soutien, appelons les CRA, écrivons des lettres aux prisonnier.e.s, parlons autour de nous de ce qui passe dans nos prisons (nous sortons un article très prochainement sur « comment aider les prisonnier.e.s depuis l’extérieur »). Soyons ensemble, d’accord mais pour de vrai, sans distinction de statut social ou de casier judiciaire, pour qu’une fois le confinement terminé, on soit toustes dans la rue, plus fort.e.s que jamais, pour renverser ce vieux monde !

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