ACTUALITÉS

Appel à contributions pour le nouveau zine du Genepi, Pierre par Pierre

Le Genepi, historiquement association pour le décloisonnement des prisons, a pris un tournant majeur dans son histoire en juin dernier, lors de son Assemblée Générale, en décidant d’arrêter l’action en détention. Ce vote est le fruit d’une réflexion portée depuis plusieurs années sur le sens des actions du Genepi. Il s’agit d’une décision politique, en cohérence avec la critique portée sur la notion même d’enfermement et sur le rôle de la prison dans la société. De fait, intervenir en prison revenait à cautionner son existence et se soumettre aux conditions imposées par l’administration pénitentiaire. Relisez notre communiqué à ce sujet, ici.

Afin d’ouvrir avec vous cette nouvelle page résolument anticarcérale de son histoire, le Genepi vous invite toutes et tous à prendre la parole, la plume, le crayon pour marquer avec nous ce virage anti-taule. Toutes formes de contributions sont les bienvenues : articles de fond, témoignages, fictions, poèmes, illustrations, collage… Un témoignage ou un message de solidarité à faire passer, une actualité révoltante dans ta ville, un texte que tu juges nécessaire de traduire et relayer, c’est possible ! Sky is the limit !

Ce numéro zéro [après le numéro intermédiaire de mai-juin 2019] sera diffusé lors de la Journée anticarcérale du 18 janvier, soit quatre jours avant la Journée internationale de soutien aux personnes trans incarcérées (le 22 janvier). Il mettra donc à l’honneur les luttes LGBTQI+ contre la prison.

Quelques idées de thèmes à aborder (cette liste est bien entendu non exhaustive !) :

-être LGBTQI+ en taule
-témoignage
-gestion des agressions LGBTQIphobes par la justice raciste
-police LGBTQIphobe
-perspective LGBTQI+ et anticarcérale
-prison et État transphobe

 

[Afin de ne pas imposer une domination par le langage dont on essaie de se débarrasser, sachez, futur.e.s contributeurs.trices, que vous pouvez préciser, à l’envoi de votre contribution, si vous désirez que vos « fautes d’orthographe » soient corrigées ou non avant la publication. Nous rappelons aussi ici que nous serons contraint-e-s, pour des raisons que vous comprendrez, nous l’espérons, de censurer les attaques ad hominem et tout ce qui pourrait passer pour des propos discriminatoires.

Nous vous invitons par ailleurs à utiliser l’écriture inclusive, dans la mesure du possible, et ce sous la forme qui vous convient le mieux : en utilisant le point médian (lecteur·trice), le point (lecteur.trice), le tiret (lecteur-trice) ou tout autre moyen qui vous paraîtra adéquat].

 

Pour nous laisser le temps de vous lire et de tout mettre en page pour faire un joli zine, il faudra nous envoyer vos contributions au plus tard le 15 décembre à l’adresse suivante : publication@genepi.fr. Ce serait parfait de nous prévenir à l’avance, si vous comptez écrire un article.

Pour toute question, n’hésitez pas à écrire à publication@genepi.fr et chargedecom@genepi.fr.

À vos contrib’ !

 

ET PIERRE PAR PIERRE
ET MUR PAR MUR
NOUS DÉTRUIRONS
TOUTES LES PRISONS

 

Photo : Trans Prisoner Day of Action and Solidarity, Bogota, 2017

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Nouveau et dernier Passe-Murailles ; crève la taule !

📣📣 Le dernier Passe-Murailles est paru. Après 77 numéros, c’est non sans un pincement au cœur que nous vous le proposons évidemment.

« Pour ce dernier numéro du Passe-Murailles, la nouvelle équipe du Genepi revient sur les raisons qui ont poussé les militant.e.s de l’association à mettre fin à l’action en détention, et sur les thèmes d’une lutte anticarcérale qui affirme désormais son nom. »

En voici l’édito.

« Comment se dire adieu…
par Claire van den Bogaard, rédactrice en chef du Passe-Murailles

Un édito, c’est comme une chanson. S’il n’est pas écrit en cinq minutes sur un coin de table, il sera mauvais. C’est dire si celui-ci, qui tourne dans ma tête depuis des jours, sera médiocre. Furieusement.

Faire le bilan, calmement, de ces douze années passées à fabriquer le Passe-Murailles n’est pas chose aisée. C’est même furieusement ardu. De la même fureur qui m’a animée depuis que j’ai rejoint les rangs du Genepi, comme bénévole, il y a trop longtemps pour pouvoir l’avouer ici.

Comment dire adieu à plus de douze ans de Passe-Murailles. D’éditos, de comités de rédaction bruyants, de relecture de textes, brillants ou décousus, de mises en page frénétiques pour respecter une maudite dead-line.
Comment dire douze ans à courir après les rédacteurs, à me laisser impressionnée par la plume des uns, par la volonté des autres. Comment dire douze ans de rencontres, d’échanges, de débats. Comment dire douze équipes successives, travaillant d’arrache-pied pour rallier le monde entier à cette cause perdue, ces équipes qui ont traversé ce parcours initiatique, en en sortant toujours grandies, malgré, souvent, la douleur des responsabilités.
Comment dire douze ans avec si peu de « terrain ». Avec toujours la même crainte de ne pas être légitime pour parler de ce que je ne connais pas. La même sempiternelle question : peut-on dire la prison sans y avoir passé ne serait-ce qu’une nuit ? La prison ne s’apprend pas dans les livres. Elle ne s’apprend pas non plus dans le Passe-Murailles, quels que soient les humbles efforts en ce sens. Et pourtant… j’aime à me dire que ces modestes feuillets se sont parfois retrouvés au bon endroit au bon moment.
Comment dire la volonté de donner la parole à celles et ceux qui savent, de plus près que nous. Comment dire le lien ténu qui nous unit à elles∙eux. Comment dire qu’en douze ans, leurs conditions de survie n’ont pas changé. La répression, comme un nœud coulant, au cou des mêmes, toujours. Comment dire la fureur de faire connaître cette réalité.
Comment dire, enfin, le militantisme. Avec ses hauts et ses bas, mais sa fureur, toujours. Comment dire le découragement, parfois, de constater à quel point ce grand sujet, si central, ne semblait concerner qu’un si petit nombre de lecteurs. Comment dire la tristesse, bien sûr, de voir cette page se fermer.
Comment dire le soulagement aussi, il faut bien l’avouer, de pouvoir partir sans regret. Après moi, non pas le déluge, mais la relève assurée par des militant∙es toujours plus affuté∙es.
Comment dire merci aux équipes successives et aux salarié∙es d’avoir supporté mes tics professionnels, mon exigence et… mes choix vestimentaires.

Le Passe-Murailles est mort. Vive le Genepi. Longue vie au militantisme anticarcéral et à ses défenseur∙es. Et, furieusement, mort aux prisons. »

 

De la lettre du Genepi (ancêtre du Passe-Murailles, né dans les années 80) au dernier Passe-Murailles #77… 

 

MERCI aux lecteurs et lectrices à travers les années, et MERCI aux contributeurs et contributrices qui ont permis la création de cette ressource sur la prison.

MERCI aux prisonnièr.e.s pour leurs lettres. Force !

Pour vous le procurer, rendez-vous en boutique (format numérique ou papier).

On repense la forme du Passe-Muraille pour qu’il nous coûte moins cher ; on y travaille ✊

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La justice rendue dans un commissariat au travers d’une télé !

Avec ses partenaires, La Cimade dénonce une atteinte inédite à l’État de droit avec des audiences de la cour d’appel de Pau tenues par visioconférence dans le commissariat d’Hendaye.

Depuis la semaine dernière, la cour d’appel de Pau organise des audiences dans les locaux du commissariat de police d’Hendaye, auxquels elle est reliée par visioconférence. Une caméra dans un commissariat et un écran dans une salle d’audience, telle est la « justice » réservée aux personnes étrangères.

Font aujourd’hui les frais de cette parodie celles qui sont enfermées dans le centre de rétention administrative (CRA) d’Hendaye, jouxtant le commissariat et qui font appel de la décision du juge des libertés et de la détention prolongeant leur enfermement. Mais cette pratique pourrait n’être que le prélude à une généralisation à toutes les audiences concernant les personnes privées de liberté au CRA d’Hendaye, qu’il s’agisse des audiences devant le tribunal administratif de Pau ou devant le juge des libertés et de la détention de Bayonne.

Conçues dans le seul but de faire l’économie des escortes policières d’Hendaye à Pau, ces audiences sont tenues en violation des principes les plus essentiels régissant les débats judiciaires dans un État de droit.

La comparution d’une personne devant son juge par caméra interposée et dans un commissariat de police – qui ne dépend pas du ministère de la justice mais du ministère de l’intérieur – n’est pas seulement une violation de la loi. Ce simulacre de justice porte une atteinte inédite à la dignité de personnes particulièrement vulnérables du fait de leur enfermement, et qui ne peuvent rencontrer le juge, s’exprimer devant lui en présence d’un interprète et avec leur avocat·e à leurs côtés.

Le dispositif mis en place par la cour d’appel, sans consultation de l’ensemble des acteurs judiciaires et des associations de défense des étrangers, compromet gravement les droits de la défense, obligeant l’avocat·e· à faire le choix cornélien de se tenir soit auprès des requérant·e·s au risque de voir l’audience lui échapper, soit auprès des juges et des représentant·e·s de la préfecture, au risque de laisser la personne défendue livrée à elle-même.

Il porte atteinte au droit à une justice d’apparence indépendante et impartiale, à la publicité des débats, au principe du procès équitable et à l’égalité des armes.

La justice, pour être indépendante, doit être vue par le public. La justice, pour être légitime, ne saurait se tenir dans un commissariat de police. Aucun argument budgétaire ne saurait justifier qu’une personne soit jugée par le truchement d’une caméra à l’intérieur d’une enceinte policière. Que ces trois principes aient été bafoués en même temps, ne peut qu’inquiéter sérieusement sur la santé de notre démocratie qui laisse la justice se déliter de la sorte.

Comme le Conseil national des barreaux, la Commission nationale consultative des droits de l’homme ou le Défenseur des droits l’ont fait, nos organisations dénoncent le recours à une justice dégradée par visioconférence. Elles demandent l’abandon immédiat de la pratique, qui ne peut avoir été validée par le ministère de la Justice, d’audiences qui se tiennent au beau milieu d’un commissariat de police.

 

Signataires :

Ordre des avocats de Bayonne, Association pour la défense des étrangers de Pau, Organisations signataires membres de l’observatoire de l’enfermement des étrangers (OEE) : ACAT-France, Avocats pour la défense des droits des étrangers (ADDE), Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé), FASTI, Genepi, GISTI, La Cimade, Ligue des droits de l’homme, MRAP, Observatoire Citoyen du CRA de Palaiseau, Syndicat des avocats de France (SAF), Syndicat de la magistrature (SM)

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Le projet de code de la justice pénale des mineurs : des propositions inadaptées pour lutter contre l’enfermement des enfants

Communiqué de 19 associations, syndicats et organisations contre le projet de code de la justice pénale des mineurs présenté le 11 septembre dernier en Conseil des ministres.

Au 1er juillet 2019, 882 adolescent.e.s étaient incarcéré.e.s, chiffre jamais atteint depuis plus d’une vingtaine d’années. Il faut y ajouter le nombre d’enfants placés dans l’un des 52 centres fermés, ceux placés en psychiatrie ou en centres de rétention, ainsi que le chiffre gris des jeunes condamnés en tant que majeur.e.s pour des faits commis du temps de leur minorité.

Pourtant, la Garde des Sceaux et la Direction de la Protection Judiciaire de la Jeunesse avaient assuré que certaines mesures d’application immédiate introduites dans la loi de programmation 2018-2022 de réforme pour la Justice du 23 mars 2019, permettraient une diminution du nombre d’enfants placés en détention provisoire, notamment grâce à l’encadrement des conditions de révocation du contrôle judiciaire et à la réduction de la durée du maintien en détention provisoire des mineur.e.s de 13 à 15 ans une fois l’instruction terminée. Force est de constater que ces mesures n’ont eu en réalité aucun impact.

Que dire alors du projet de code de la justice pénale des mineurs déposé le 11 septembre 2019 en Conseil des ministres, dont la diminution de l’incarcération des mineur.e.s est l’un des objectifs affichés ?

Si ce projet se présente comme « innovant » et « tourné vers l’éducatif », il ne prévoit en réalité aucune mesure susceptible de renverser véritablement le paradigme de ces dernières années, à savoir l’augmentation des mesures répressives et expéditives à l’égard des enfants. Il ne fixe aucun âge effectif d’irresponsabilité pénale de l’enfant. Il fait abstraction de ce que l’enfant mis en cause est d’abord un enfant en danger. Il confond rapidité et efficacité. Il ne garantit aucunement le retour à l’application effective des principes fondateurs de l’ordonnance du 2 février 1945, à valeur constitutionnelle, et particulièrement celui de la primauté de l’éducatif sur le répressif.

Pire encore, les missions éducatives qui consistent à accompagner un enfant dans toutes les dimensions de sa problématique pour participer à sa sortie de délinquance sont amenées à disparaître au profit d’une mesure probatoire de mise à l’épreuve contrainte dans un délai particulièrement réduit, à visée principalement comportementaliste.

Sortir de la logique des politiques répressives qui se sont accumulées au fil du temps et faire le choix de l’éducation, c’est remettre radicalement en cause la logique de l’enfermement des mineur.e.s. Cela nécessite de passer par la déconstruction d’un certain nombre d’idées reçues sur la justice des enfants selon lesquelles les délinquant.e.s juvéniles seraient plus nombreux.ses, plus jeunes et plus violent.e.s qu’autrefois, préjugés que même les statistiques du ministère invalident.

Un enfant qui passe à l’acte est avant tout un enfant en danger. Il ou elle est une personne en construction qui a besoin d’être entouré par des adultes en qui il ait suffisamment confiance pour trouver une légitimité au cadre qui lui est imposé et l’envie ainsi que les ressources nécessaires pour s’insérer socialement. Pour cela, la justice des enfants a surtout besoin de temps et de moyens tant financiers qu’humains et d’une réforme humaniste et émancipatrice fondée sur la protection et l’éducation. C’est cela que nos organisations continueront de défendre au travers de la mobilisation contre ce projet de Code de la justice pénale des mineurs.

 

Signataires : SM, SAF, SNPES-PJJ/FSU, CGT PJJ, LDH, OIP, CGT SP, SNUTER, SNUASFP, SNEPAP, Genepi, DEI-France, CGT, FSU, Solidaire, Solidaire Justice, FCPE75, Barreau de Paris, CNB.

Contacts presse : SM:  01 48 05 47 88 – SAF : 01 42 82 01 26  – SNPES-PJJ/FSU : 01 42 60 11 49 – LDH : 01 56 55 51 08/15

Photo © Agnès Gaudin

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