ACTUALITÉS

Quand le Ministère de la Justice labellise l’exploitation des prisonnierEs

L’Agence du travail d’intérêt général et de l’insertion professionnelle (ATIGIP) lance son tout premier label sur des produits et services réalisés en prison. http://www.justice.gouv.fr/le-garde-des-sceaux-10016/lancement-du-label-peps-produit-en-prisons-33524.html
Le Ministère de la Justice a l’audace de créer un label « Produit en Prison ». Au prétexte de la réinsertion, seule rhétorique utilisée par l’Etat pour justifier son système répressif, l’Etat labellise l’exploitation des prisonnierEs. Car la prison profite uniquement à l’Etat et aux grandes entreprises, c’est un maillon essentiel du capitalisme. En criminalisant stratégiquement certains moyens de production et de répartition des richesses, le système prison-justice joue un rôle clé de marginalisation des classes populaires pour les exploiter au maximum.
En plus de servir la classe bourgeoise, la prison profite directement aux entreprises qui se font du blé en exploitant la main d’œuvre prisonnière. Cette surexploitation est bien organisée par l’État, car les prisonnier-è-s ne sont pas protégé-e-s par le code du travail, n’ont pas la possibilité de se syndiquer, dans un contexte où la prison les précarise pour les contraindre à travailler.
Ce label c’est encore de la poudre aux yeux pour justifier et légitimer le système carcéral. C’est un effet de communication pour cacher toujours plus la machine oppressive et destructive qu’est la prison.
Ni label, ni prison !
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Kamel Daoudi plus long assigné à domicile de France vient d’être incarcéré

Kamel, qui a déjà subi plus de 12 années de privation de liberté en assignation forcée à résidence avec plus de 3 pointages obligatoires par jour au commissariat de sa commune, est maintenant en prison. Kamel subit un acharnement judiciaire et un harcèlement policier depuis maintenant plus de 12 ans. Il vient d’entamer une grève de la faim et de la soif depuis la prison où il est incarcéré.
Kamel a été réincarcéré, car il a dépassé de 30 minutes l’heure de son couvre-feu quotidien, 30 minutes oui, vous avez bien lu. L’acharnement qu’il subit n’a pas de répit, il est guetté sans cesse par les services de police et à la dizaine de minutes de retard, l’alarme retentit. Fiction kafkaïenne en action.
Son pointage quotidien allant jusqu’à 4 fois par jour, l’empêche d’avoir une vie sociale, familiale, de pouvoir travailler, se déplacer. De plus l’Etat français, qui l’a d’ailleurs déchu de la nationalité française, n’hésite pas à le trimbaler de petites communes en petites communes afin qu’il ne sente jamais quelque part vraiment chez lui. Kamel a une femme et 4 enfants, et ne peut pas vivre avec eux. Il se sent étranger dans sa propre famille dit-il dans une interview.
L’assignation à domicilie est une vrai peine de privation de liberté, c’est une peine de prison à la maison (même s’il n’est jamais vraiment chez lui). La peine d’assignation à résidence est aussi désocialisante que d’aller en prison. D’autant que la peine de prison le menace tous les jours, la preuve étant son actuelle incarcération. Pendant toutes ces années, il a été son propre surveillant, a dû intégrer dans sa manière de vivre toutes les contraintes que l’Etat lui impose. C’est une prison mentale pour reprendre ses mots.
L’acharnement de l’Etat contre Kamel doit cesser, l’acharnement de l’Etat contre toutes les personnes assignées à domicile doit cesser.
Liberté pour Kamel !
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Le bracelet anti-rapprochement, « destiné à tenir éloignés les conjoints et ex-conjoints violents » n’arrêtera pas les violences sexistes et sexuelles

Encore de la poudre aux yeux, un effet d’annonce pour le gouvernement Macron, dont la grande bataille est la lutte contre les féminicides et les violences sexistes, gouvernement qui n’hésite par ailleurs pas à placer des violeurs à son sommet et dirige entre mecs bourgeois et blancs. S’il constitue une grande mesure du quinquennat, pour lutter contre les féminicides, le bracelet anti-rapprochement participe surtout à diffuser les logiques de surveillance, de discipline, et de contrôle dans nos vies, rendant absolument nécessaire et indispensable l’existence et le rôle de la police, de la justice, et de la prison. Cela nous dépossède, nous les femmes, de notre capacité d’auto-organisation, reléguant aux institutions la fonction de nous protéger. La police, la justice et la prison sont sexistes, elles reproduisent et maintiennent les oppressions qui découlent du patriarcat. Les institutions ne nous sauveront pas du patriarcat, tout comme ton patron ne te sauvera pas de la misère.
La nouveauté de ce bracelet c’est qu’il pourra être ordonné dans le cadre de la procédure civile, par un juge aux affaires familiales et plus seulement dans le cadre pénal. Dans ce cas, il faudra alors demander l’accord au conjoint avant la pose du bracelet et s’’il refuse, le juge pourra saisir le parquet pour qu’il ouvre une enquête pénale… Bref on peut facilement imaginer que cette pratique va se banaliser et se généraliser.
On a de cesse de le répéter mais le bracelet est une peine en soi, plus de 10 000 personnes en sont équipées aujourd’hui. Il empêche la personne de circuler librement, s’inscrit dans le casier judiciaire et la peine de prison sous tend à cette peine : si la personne porteuse du bracelet ne respecte pas les consignes, c’est la prison. Cette peine entraîne le.a porteur.se du bracelet à intérioriser les contraintes, il.elle devient son propre surveillant.
Pour en finir avec ces violences, il nous parait nécessaire de construire un mouvement féministe et anticarcérale, de nous rencontrer, de riposter ensemble par nous et pour nous.🔥👊👊🏿
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Un exemple banal d’un système répressif qui s’auto-alimente

Christine Ribailly, ancienne prisonnière et militante anticarcérale en révolte, était convoquée au tribunal de Gap le jeudi 12 mars 2020.

Les raisons légales : elle comparaissait pour avoir renvoyé un objet de type rond au dessus de la maison d’arrêt de Gap, une balle de ping-pong. Joli prétexte qui a réveillé notre créativité militante pour écrire quelques slogans :

  • Un maton une balle de ping-pong, un proc’ un smash
  • Balle de ping-pong à Gap, balles réelles à Palerme

En effet, le procès intervenait en même temps que des émeutes avaient cours dans les prisons italiennes suite aux mesures de confinement [ https://valleesenlutte.noblogs.org/post/2020/03/12/contre-la-peur-et-le-controle-la-revolte-eclate-dans-les-prisons-en-italie/ ]

Pourtant, lors de l’audience, les motifs d’accusation discutés n’avaient rien à voir avec cette balle de ping-pong.  On en vient là aux réelles raisons qui ont poussé le procureur de Gap à ne pas classer sans suite ces faits, des raisons éminemment  politiques. En effet, Christine fait partie de l’équipe du Café Taule, un groupe anti rep qui assure des permanences devant la maison d’arrêt de Gap depuis bientôt un an afin de soutenir et d’informer les familles de proches de prisonniers mais aussi de partager et récupérer des infos sur ce qui se passe en taule. C’est donc une membre de cette équipe qui a été poursuivie pour avoir refusé de donner sa signalétique lors d’une garde à vue, rendue par la suite illégale, et pour s’être rebellée lorsque les 7 gendarmes lui ont mis de force les menottes lors de son interpellation (c’est sûr que Christine était une grande menace face à 7 keufs sur-armés). Et cette fameuse balle de ping-pong n’a même pas été évoquée… En fait, ces poursuites ne sont qu’un prétexte pour ordonner une interpellation avec violences et obtenir des motifs valables de poursuites.

Les réelles motivations de l’interpellation de Christine sont donc la distribution de kawa, la discussion, l’entraide, et le soutien aux enfermés. Puisque l’un des buts de la taule c’est  d’isoler les gens, une solidarité entre proches et enfermé.e.s ça ne plait pas à l’administration pénitentiaire

On est face à un procès qui ne dit pas son nom, ou plutôt une pièce de théâtre. On se retrouve face à une juge, qui ne se présente surtout pas comme féministe et qui trouve le dossier de Christine « intéressant » parce qu’elle n’en voit pas souvent des casiers de femmes avec autant de mentions. Tu m’étonnes la taule elle, elle est pas féministe ! En fait, cette juge elle se présentait surtout comme « la police de l’audience », et elle a bien utilisé son pouvoir puisque la pièce de théâtre intitulée « audience au TGI de Gap du 12 mars » a été entrecoupée d’entractes.  La juge suspendait l’audience car il y avait du son dehors, du son pour Christine, du son contre les prisons, et ça, aux portes du TGI, ce n’était pas acceptable pour elle.

Du coup, Christine elle a été muselée, il fallait qu’elle montre qu’elle avait fautée. Il fallait qu’elle courbe l’échine devant la justice car c’est ça que la justice, à travers les juges et les procureurs, veut : qu’on ferme notre gueule. Christine, comme plein d’autres qui se retrouvent confronté.e.s à cette mascarade raciste et classiste, voulait faire un plaidoyer politique, un plaidoyer contre ce système, mais elle n’a pas pu.

Pourquoi ? Parce que la GAV a été déclarée illlégale. Pourtant, Christine elle l’a subi dans son corps et dans sa tête. Alors c’est vrai, que « ces pas très malins de gendarmes » n’avaient pas respecté la procédure, soit l’appel aux proches. Mais en fait, Christine, ça l’a frustré. C’était le personnage central de la pièce, celle qui devait pouvoir avoir la parole et donc critiquer  ce système en son sein. Eh bien non, elle en a été refusée, réduite à la posture habituelle et exigée des accusé.e.s : celle de fermer sa bouche et avaler quand des gens qui ne te connaissent pas (juges, procureurs, avocats), décident de façon moralisatrice et condescendante de quelle sanction tu vas écoper. 

En effet, je suis de celleux qui pensent que la sanction ne commence pas à l’issue du tribunal mais plutôt dès que le processus judiciaire est enclenché. Et encore dire ça, c’est ne pas prendre en compte l’épée de Damoclès qu’est la justice, prête à tomber à tout instant sur les racisé.e.s les pauvres, les antisociaux. Du coup Christine, elle n’a pas eu de « punition » cette fois-ci mais ce n’est que « partie de ping pong remise » car le procureur et ses sbires ont le café taule dans le mirador. Et comme nous l’avons affiché sur le TGI pendant cette journée : CREVE LA TAULE !

Et pour illustrer ce slogan et finir cette journée, les soutiens à l’équipe du Café Taule se sont rendu.e.s devant l’entrée de la maison d’arrêt pour faire une partie de ping pong symbolique (la prison est dans le centre ville de Gap). Bruyante comme il fallait pour espérer que cela soit entendu derrière les hauts murs, cette partie de ping pong a été accompagnée de feux d’artifices, pour célébrer la victoire. Laquelle ? A vous d’imaginer celle qui vous plaît !

 

 

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