ACTUALITÉS

La justice rendue dans un commissariat au travers d’une télé !

Avec ses partenaires, La Cimade dénonce une atteinte inédite à l’État de droit avec des audiences de la cour d’appel de Pau tenues par visioconférence dans le commissariat d’Hendaye.

Depuis la semaine dernière, la cour d’appel de Pau organise des audiences dans les locaux du commissariat de police d’Hendaye, auxquels elle est reliée par visioconférence. Une caméra dans un commissariat et un écran dans une salle d’audience, telle est la « justice » réservée aux personnes étrangères.

Font aujourd’hui les frais de cette parodie celles qui sont enfermées dans le centre de rétention administrative (CRA) d’Hendaye, jouxtant le commissariat et qui font appel de la décision du juge des libertés et de la détention prolongeant leur enfermement. Mais cette pratique pourrait n’être que le prélude à une généralisation à toutes les audiences concernant les personnes privées de liberté au CRA d’Hendaye, qu’il s’agisse des audiences devant le tribunal administratif de Pau ou devant le juge des libertés et de la détention de Bayonne.

Conçues dans le seul but de faire l’économie des escortes policières d’Hendaye à Pau, ces audiences sont tenues en violation des principes les plus essentiels régissant les débats judiciaires dans un État de droit.

La comparution d’une personne devant son juge par caméra interposée et dans un commissariat de police – qui ne dépend pas du ministère de la justice mais du ministère de l’intérieur – n’est pas seulement une violation de la loi. Ce simulacre de justice porte une atteinte inédite à la dignité de personnes particulièrement vulnérables du fait de leur enfermement, et qui ne peuvent rencontrer le juge, s’exprimer devant lui en présence d’un interprète et avec leur avocat·e à leurs côtés.

Le dispositif mis en place par la cour d’appel, sans consultation de l’ensemble des acteurs judiciaires et des associations de défense des étrangers, compromet gravement les droits de la défense, obligeant l’avocat·e· à faire le choix cornélien de se tenir soit auprès des requérant·e·s au risque de voir l’audience lui échapper, soit auprès des juges et des représentant·e·s de la préfecture, au risque de laisser la personne défendue livrée à elle-même.

Il porte atteinte au droit à une justice d’apparence indépendante et impartiale, à la publicité des débats, au principe du procès équitable et à l’égalité des armes.

La justice, pour être indépendante, doit être vue par le public. La justice, pour être légitime, ne saurait se tenir dans un commissariat de police. Aucun argument budgétaire ne saurait justifier qu’une personne soit jugée par le truchement d’une caméra à l’intérieur d’une enceinte policière. Que ces trois principes aient été bafoués en même temps, ne peut qu’inquiéter sérieusement sur la santé de notre démocratie qui laisse la justice se déliter de la sorte.

Comme le Conseil national des barreaux, la Commission nationale consultative des droits de l’homme ou le Défenseur des droits l’ont fait, nos organisations dénoncent le recours à une justice dégradée par visioconférence. Elles demandent l’abandon immédiat de la pratique, qui ne peut avoir été validée par le ministère de la Justice, d’audiences qui se tiennent au beau milieu d’un commissariat de police.

 

Signataires :

Ordre des avocats de Bayonne, Association pour la défense des étrangers de Pau, Organisations signataires membres de l’observatoire de l’enfermement des étrangers (OEE) : ACAT-France, Avocats pour la défense des droits des étrangers (ADDE), Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé), FASTI, Genepi, GISTI, La Cimade, Ligue des droits de l’homme, MRAP, Observatoire Citoyen du CRA de Palaiseau, Syndicat des avocats de France (SAF), Syndicat de la magistrature (SM)

Lire +

Incris-toi au Weekend de rentrée du Genepi !

Samedi 26 et dimanche 27 octobre aura lieu le Weekend de rentrée (tardive !) du Genepi. 

Un weekend de rencontre entre ancien.ne.s et nouvelleaux, pour

– se retrouver d’abord

– parler d’autogestion, de trésorerie

– parler d’antisexisme et d’antiracisme

– et d’enfermement, bien sûr.

Le programme plus précis sera bientôt publié.

Pour t’inscrire, c’est par ici !

Si tu as des questions, n’hésite pas à nous contacter par mail ou téléphone.

Lire +

Le projet de code de la justice pénale des mineurs : des propositions inadaptées pour lutter contre l’enfermement des enfants

Communiqué de 19 associations, syndicats et organisations contre le projet de code de la justice pénale des mineurs présenté le 11 septembre dernier en Conseil des ministres.

Au 1er juillet 2019, 882 adolescent.e.s étaient incarcéré.e.s, chiffre jamais atteint depuis plus d’une vingtaine d’années. Il faut y ajouter le nombre d’enfants placés dans l’un des 52 centres fermés, ceux placés en psychiatrie ou en centres de rétention, ainsi que le chiffre gris des jeunes condamnés en tant que majeur.e.s pour des faits commis du temps de leur minorité.

Pourtant, la Garde des Sceaux et la Direction de la Protection Judiciaire de la Jeunesse avaient assuré que certaines mesures d’application immédiate introduites dans la loi de programmation 2018-2022 de réforme pour la Justice du 23 mars 2019, permettraient une diminution du nombre d’enfants placés en détention provisoire, notamment grâce à l’encadrement des conditions de révocation du contrôle judiciaire et à la réduction de la durée du maintien en détention provisoire des mineur.e.s de 13 à 15 ans une fois l’instruction terminée. Force est de constater que ces mesures n’ont eu en réalité aucun impact.

Que dire alors du projet de code de la justice pénale des mineurs déposé le 11 septembre 2019 en Conseil des ministres, dont la diminution de l’incarcération des mineur.e.s est l’un des objectifs affichés ?

Si ce projet se présente comme « innovant » et « tourné vers l’éducatif », il ne prévoit en réalité aucune mesure susceptible de renverser véritablement le paradigme de ces dernières années, à savoir l’augmentation des mesures répressives et expéditives à l’égard des enfants. Il ne fixe aucun âge effectif d’irresponsabilité pénale de l’enfant. Il fait abstraction de ce que l’enfant mis en cause est d’abord un enfant en danger. Il confond rapidité et efficacité. Il ne garantit aucunement le retour à l’application effective des principes fondateurs de l’ordonnance du 2 février 1945, à valeur constitutionnelle, et particulièrement celui de la primauté de l’éducatif sur le répressif.

Pire encore, les missions éducatives qui consistent à accompagner un enfant dans toutes les dimensions de sa problématique pour participer à sa sortie de délinquance sont amenées à disparaître au profit d’une mesure probatoire de mise à l’épreuve contrainte dans un délai particulièrement réduit, à visée principalement comportementaliste.

Sortir de la logique des politiques répressives qui se sont accumulées au fil du temps et faire le choix de l’éducation, c’est remettre radicalement en cause la logique de l’enfermement des mineur.e.s. Cela nécessite de passer par la déconstruction d’un certain nombre d’idées reçues sur la justice des enfants selon lesquelles les délinquant.e.s juvéniles seraient plus nombreux.ses, plus jeunes et plus violent.e.s qu’autrefois, préjugés que même les statistiques du ministère invalident.

Un enfant qui passe à l’acte est avant tout un enfant en danger. Il ou elle est une personne en construction qui a besoin d’être entouré par des adultes en qui il ait suffisamment confiance pour trouver une légitimité au cadre qui lui est imposé et l’envie ainsi que les ressources nécessaires pour s’insérer socialement. Pour cela, la justice des enfants a surtout besoin de temps et de moyens tant financiers qu’humains et d’une réforme humaniste et émancipatrice fondée sur la protection et l’éducation. C’est cela que nos organisations continueront de défendre au travers de la mobilisation contre ce projet de Code de la justice pénale des mineurs.

 

Signataires : SM, SAF, SNPES-PJJ/FSU, CGT PJJ, LDH, OIP, CGT SP, SNUTER, SNUASFP, SNEPAP, Genepi, DEI-France, CGT, FSU, Solidaire, Solidaire Justice, FCPE75, Barreau de Paris, CNB.

Contacts presse : SM:  01 48 05 47 88 – SAF : 01 42 82 01 26  – SNPES-PJJ/FSU : 01 42 60 11 49 – LDH : 01 56 55 51 08/15

Photo © Agnès Gaudin

Lire +
Sticky Post

Milite avec le Genepi !

Comme chaque année, le Genepi recrute des militant.e.s de luttes, et cette année est particulière, pleine de changements et de nouveautés ! On vous rappelle l’existence de notre article sur l’arrêt de l’action en détention (https://www.genepi.fr/fin-de-laction-en-detention-pour-le-…/).

 

Parce que la lutte contre l’enfermement ne prend pas de vacances, prends ton cartable et rejoins-nous !

Si tu intéressé.e et que tu souhaites en savoir plus, n’hésite pas à nous confier ton adresse mail [pas de spam, promis], via ce formulaire :
https://docs.google.com/…/1FAIpQLSdSkoMbGg87fZ7AT…/viewform…

D’ores et déjà une date à noter : 26-27 octobre [Weekend de rentrée tardive des bénévoles du Genepi 😃]

À très vite, on l’espère !

 

[Les sources des chiffres de nos affiches

*45 000 personnes enfermées en CRA 

Rapport Cimade

https://www.lacimade.org/publication/rapport-2018-centres-locaux-retention-administrative/

*71 710 peines de mort sociale

Ministère de la justice

http://www.justice.gouv.fr/art_pix/Mesure_incarceration_juillet2019_trim.pdf

*131 suicides / morts suspectes

Rapport de la Direction de l’administration pénitentiaire 

Collectif Mort.e.s de la prison]

Lire +

Fin de l’action en détention pour le Genepi

Lors de la dernière assemblée générale annuelle du Genepi, qui a traditionnellement lieu en juin, les militant.e.s de l’association ont décidé, par le biais d’un vote respectant les quorums prévus dans les statuts, de mettre fin à l’un des piliers historiques du Genepi : l’action en détention. 

Si peu de temps après la signature d’une nouvelle convention, il nous est apparu important d’expliquer les raison de ce revirement.

 

Ce vote est le fruit d’une réflexion sur le sens des actions du Genepi, réflexion portée depuis de nombreuses années par les équipes se succédant, jusqu’à l’essoufflement. Il n’est donc pas le reflet de l’opinion trop radicale d’une poignée de militant.e.s du Genepi et ne saurait se réduire à un point de vue. 

Il s’agit avant tout d’une décision politique, qui peut être analysée en parallèle d’une critique historique de l’enfermement et du rôle de la prison dans la société, critique prononcée par les militant.e.s de l’association mais surtout par les prisonnièr.e.s et les ancien.ne.s prisonnièr.e.s, les proches de détenu.e.s, ainsi que certains autres collectifs, certain.e.s sociologues, médecins, etc. 

 

***

 

Initialement créé par le gouvernement pour, en partie, acheter la paix sociale dans les prisons à la suite des mutineries, le Genepi a vu le jour en 1976. Dès lors, une centaine d’étudiant.e.s des grandes écoles ont pu entrer en détention et proposer aux personnes détenues des ateliers scolaires. L’objectif était de sensibiliser les futurs employeurs et chefs d’entreprises à la réinsertion sociale des prisonnier.e.s.

Cependant, dès 1981, le Genepi affirme ne pas subordonner sa définition de la réinsertion à celle qui transparaît alors dans les politiques publiques, en accord avec Laurent Jacqua qui a, récemment encore, rappelé que la réinsertion est “un mot générique qui fait partie du langage institutionnel” [Dans le podcast « Comment refaire sa vie après la prison ? » – 20 minutes – 03/09/2019]

Depuis, presque toutes les évolutions de la pensée du Genepi sont retracées dans les prises de position de l’association. 

En 2011, l’identité de l’association évolue : les genepistes souhaitent d’une part de ne pas restreindre les actions de l’association aux seuls ateliers en détention et d’autre part, en finir avec un acronyme – Groupement Etudiant National d’Enseignement aux Personnes Incarcérées – qui ne reflète plus le projet de l’association. Le Genepi change son objet social et milite désormais pour « le décloisonnement des institutions carcérales par la circulation des savoirs entre les membres de l’association, la société et les personnes incarcérées »

En 2017, dans une optique de réflexion politique sur l’action en détention, le Genepi a déterminé des « limites basses » au niveau national, constituant un cadre minimum pour ses interventions. Parmi ces lignes rouges à ne pas franchir : la présence de dispositifs d’écoute et de vidéosurveillance dans les salles d’ateliers, la pratique de fouilles à nu après les ateliers, la présence de listes d’appels ou tout autre système « du bâton et de la carotte » dans lequel s’inscrirait contre son gré le Genepi. Dans les faits, faire respecter ces limites basses s’est révélé pratiquement impossible et nombre de groupes locaux ont passé outre. 

 

***

 

L’engagement des genepistes devrait aller de pair avec une conscience militante des enjeux politiques liés aux différents lieux d’enfermement. L’appréhension de ces enjeux porte les militant.e.s du Genepi à proposer une critique radicale de l’enfermement, devenue, au fil des années, de plus en plus inacceptable pour l’administration pénitentiaire. 

En 2018, après un long silence, cette dernière décide de rompre la convention qui la liait à l’association, évoquant une baisse du nombre d’heures d’ateliers donnés en prison et une critique des politiques pénitentiaires de la part des bénévoles du Genepi. Il s’agissait surtout d’une sanction politique, comme nous l’avons rappelé dans nos nombreux communiqués. C’est suite à une phase de médiatisation intense et grâce à de vastes soutiens (que nous remercions encore aujourd’hui) que le Genepi a pu récupérer une convention. 

Cette convention reflète la vision qu’a l’administration pénitentiaire du rôle de l’associatif en prison. En effet, elle semble percevoir le Genepi comme un prestataire de services éducatifs permettant d’obtenir une paix sociale relative en détention : “Aujourd’hui, travaillant à la transformation sociale. Demain, prestataires du gouvernement pour l’accompagnement social, à moindre coût, des politiques néo-libérales”, écrivaient à l’époque les camarades du  syndicat ASSO – Solidaires [Genepi : contre la vassalisation du secteur associatif ! – Syndicat ASSO – 05/11/2018]. Avec cette nouvelle convention, l’administration pénitentiaire limite l’action du Genepi au seul cadre scolaire, empêchant tout atelier à vocation politique ou même simplement culturelle en détention. De plus, le respect des limites basses serait encore rendu impossible, étant donné les politiques sécuritaires actuelles. 

 

 

« Les intervenants acceptent pendant un temps donné de se soumettre à un règlement, acceptent d’être détenus. Ça renvoie à ma propre histoire, quand je refusais que ma famille vienne au parloir car je refusais que pendant une demi-heure ma famille soit détenue et se soumette à un règlement auquel elle n’avait pas à se soumettre. Ce que je reproche aux intervenants, c’est ça, « vous venez en prison vous enfermer avec nous pendant un temps donné, mais vous en sortez très vite, et quand vous en sortez, vous emmenez plus de choses que vous n’en avez amené. »
Ça ne valait pas la peine mais ça valait le coup, propos d’Hafed Benotman – L’Envolée

 

 

Mettre en œuvre cette convention, si cela était possible, serait un retour en arrière pour le Genepi, transformé en partenaire docile, acceptant toutes conditions de l’administration pénitentiaire, vidé de sa substance critique. Par ailleurs, il faut absolument savoir que l’administration pénitentiaire a souhaité, alors que nous nous apprêtions à signer la nouvelle convention, ajouter une clause relative à la communication du Genepi ; cette clause aurait donné à la DAP un droit de surveillance sur nos prises de parole et de position, et leur aurait facilité la possibilité de mettre un terme (de nouveau) au partenariat. 

 

 

“[…] de nombreuses associations, en étant financées par des subventions publiques, sont aujourd’hui dépendantes des politiques d’Etat et perdent de leurs libertés.
Bien qu’elles complètent les services publics, ces associations font largement appel au bénévolat et aux emplois précaires, allégeant l’Etat de charges importantes.”
Les associations servent-elles le capitalisme ? – Des utopies – 11/05/2018

 

 

C’est justement parce que le Genepi a longtemps cherché à maintenir l’action en détention au prix de nombreuses concessions, que nous, militant.e.s, nous sommes retrouvées face à nos contradictions, acceptant par exemple le tri entre les « bon.ne.s détenu.e.s », celleux qui pourraient avoir accès aux ateliers du Genepi, et les autres. 

 

***

 

De plus, les motivations personnelles des bénévoles souhaitant entrer en détention (tourisme carcéral, valorisation sur un CV pour l’avenir professionnel, symbolique d’une expérience « humanitaire » ou « humaniste ») se heurtent parfois à notre recherche d’une justification politique à l’action en détention.

Par ailleurs, l’action en détention est justifiée par l’idée d’un « bol d’air » qu’apporteraient par leur seule présence les genepistes au sein des murs. Cela est parfois vrai, puisque cela nous a été directement rapporté par des personnes enfermées. 

Pourtant, quel espace peut-on vraiment créer face à la violence des rapports de domination amplifiés par la prison et dans la prison ? 

« S’enfermer volontairement » pour en ressortir aussi vite, peut accentuer cette violence tout autant que le rapport asymétrique d’étudiant.e.s principalement blanc.he.s et privilégié.e.s entrant en prison pour exercer une forme de « leçon » :

 

 

 “- Il [l’intervenant] est arrivé, j’étais sceptique, très très méfiant, limite paranoïaque. Je me disais : en voilà encore un qui vient en prison pour nous faire la leçon… la leçon artistique. Parce qu’on serait des cancres au niveau du théâtre ou de l’image vidéo ou cinématographique, et je me suis dit : tiens , celui-là je vais me le faire !
 – Cet atelier, tu t’en es servi comme d’une tribune ?
 – Pas forcément comme d’une tribune, mais comme d’un outil de combat vis-à-vis des autres détenus qui étaient avec moi et vis-à-vis de Jean-Christophe ; sans sortir du cadre de ce qu’était pour moi l’art théâtral, passion que je partageais avec Jean-Christophe avant la prison.
 – Alors, comment as-tu posé les termes [du combat]
 – Je voulais savoir si le détenu ne serait pas pour lui une matière plastique (au même titre que la terre chamottée pour un sculpteur, que la peinture pour un peintre) qu’il faudrait malaxer, travailler, et présenter à l’administration pénitentiaire, qui serait ravie de pouvoir montrer des détenus moulés dans un discours intellectuel, artistique, etc. »
Hafed Benotman, op.cit.

 

 

Le profond problème de l’action en détention est qu’elle participe à une forme de légitimation de l’enfermement et du système pénal en le recouvrant d’un vernis humanitaire (achat d’une paix sociale via la “formule bénévolat”, qui permet de pallier au manque de professeur.e.s en prison). La prison condamne des milliers de personnes, “damnés et misérables” [Rigouste Mathieu, La domination policière. Une violence industrielle, La Fabrique, 2012], à des peines de mort sociale, et la prison tue – au moins 131 suicides ou mort suspectes en 2018 dans les prisons françaises. Dans le contexte sécuritaire qui est le nôtre, comme à la prison de Condé-sur-Sarthe [lire notre zine Passe-Murailles de juin 2019 et l’article de l’Envolée du 24 juillet 2019], être un prestataire de services n’est pas acceptable. 

Dans certains cas, l’intervention en prison serait conditionnée à la mise en place d’encore plus d’outils de contrôle sur les personnes qui viennent en atelier, les personnes détenues en premier lieu, parfois aussi les bénévoles du Genepi.

En novembre 2018, nous énoncions :

 « #LaPrisonSeFerme » 

 

Mais, cela faisait bien longtemps, éternellement, qu’elle était « fermée ». En réalité et sans jeu de mot, cela faisait plusieurs mois que les relations avec les DISP (les interlocuteurs.rices en région de l’administration) ne facilitaient pas, voire empêchaient, notre entrée en prison – parfois en raison des “prises de position soviétiques du Genepi” (sic). On ne voulait plus de nous ! Que voulions-nous ? 

Le Genepi doit opérer un tournant, dans un contexte d’ultra-répression opérée par le gouvernement Macron, qui tente de museler les associations contestataires. N’oublions pas que c’est dans ce contexte politique que s’inscrivent la fin de la convention, les négociations, la décision de la fin de l’action en détention enfin. 

 

***

 

Il était ainsi nécessaire de se couper un peu plus de l’institution-répression qu’est la prison. 

Cependant, cela ne veut pas dire que nous nous coupons des prisonnièr.e.s, au contraire. Relayer la parole des prisonnier.e.s, la croire, la prendre comme parole politique, n’a jamais été conditionné à une intervention en détention. 

Notre désir est de travailler à la lutte avec les prisonnièr.e.s, les ancien.ne.s prisonnièr.e.s, leurs proches, les collectifs et associations au coeur de cette lutte. De continuer à sensibiliser comme nous l’avons activement fait l’an dernier. 

“L’idée c’est d’agréger toutes les forces présentes, pas dans une posture de simple solidarité mais bien de cause commune, avec des objectifs communs.”, énonce D., membre de la Chapelle Debout, dans un entretien à propos du mouvement des Gilets noirs [Les Gilets Noirs, c’est pas un collectif, c’est un mouvement ! Archéologie d’une lutte antiraciste –  Plateforme d’Enquêtes Militantes – 01/09/2019]

L’association évolue, et il est certain qu’un bon nombre de celleux qui nous suivent ne seront pas d’accord avec cette évolution. Mais elle est le fruit d’un temps long de réflexions en interne, d’expériences, d’analyses. La restructuration prendra du temps. 

 

Le recrutement s’annonce et toute personne est la bienvenue dans l’association, étudiant.e ou non !

Nous remercions nos soutiens et camarades de lutte. 

Force et courage aux prisonnièr.e.s et à leurs proches !

 

Le Genepi, septembre 2019

 

Contacts 

Éloïse Broc’h – 07 52 05 59 08

Hoël Lorvellec – 06 46 62 85 71

Lire +

Dernier appel à contributions, dernier Passe-Murailles

Chèr.es tou.tes,

Après 15 ans d’existence et quelques 80 numéros publiés, le Passe-Murailles tire sa dernière rafale avec ce numéro. Le combat continuera ailleurs et autrement. En attendant, une dernière chance vous est donnée de cracher vos balles et vos idéaux sur le papier. Et pour la dernière fois, je serai bien sûr à vos côtés pour vous aider à larguer les bombes…

Pour cet ultime numéro, nous croiserons le fer sur des sujets explosifs qui nous remuent depuis toujours : l’abolitionnisme et l’anticarcéralisme. Et, pour la première fois peut-être, puisque l’Assemblée Générale de juin dernier a choisi de mettre fin à l’action en détention (et donc aux relations avec l’administration pénitentiaire), nous serons libres de toute entrave – débarrassés de ce schizophrénique « double discours », selon que l’administration pénitentiaire nous écoute ou pas, selon qu’elle peut adopter des mesures de rétorsion ou pas – et nous pourrons sortir l’artillerie lourde si le cœur nous en dit.

« Abolitionnisme & Anticarcéralisme »

Vous trouverez ici une liste de contributions qui cherchent preneurs.euses pour le prochain numéro. Les contributions seront à rendre pour le 5 septembre au plus tard.

Faites signe à Claire, la rédac’ chef de la revue (vous pouvez la trouver ici : publication@genepi.fr) si une contribution en particulier retient votre attention ! Elle vous accompagnera tout au long de vos questionnements préalables, recherches, élaborations de plan, rédactions, corrections… Et comptez aussi sur elle pour vous rappeler le tic-tac de la dead-line et pour vous cadrer un peu en termes de nombre de signes !

[Afin de ne pas imposer une domination par le langage dont on essaie de se débarrasser, sachez, futur.e.s contributeurs.trices, que vous pouvez préciser, à l’envoi de votre contribution, si vous désirez que vos « fautes d’orthographe » soient corrigées ou non avant la publication. Nous rappelons aussi ici que nous serons contraints, pour des raisons que vous comprendrez, nous l’espérons, de censurer les attaques ad hominem et tout ce qui pourrait passer pour des propos discriminatoires.]

Notez bien qu’il n’est question ici que de suggestions ; sentez-vous libres de proposer des articles qui ne figurent pas ici. (Notez ici que, pour des raisons budgétaires toujours, nous avons fait le choix de ne plus imprimer que le Dossier et les Voix captives ; les autres rubriques conservant une chouette diffusion via la version numérique !) Et des dessins d’illustration ou des photographies qui manquent cruellement à la revue ! Vous dessinez, vous photographiez, vous collez, vous découpez ? On est intéressés !

A noter, la rubrique « Les Voix captives », a pour but d’ouvrir nos pages aux personnes enfermées qui souhaiteraient s’exprimer. N’hésitez pas à en faire part aux personnes enfermées que vous rencontrez : elles peuvent nous envoyer leurs textes par courrier. Mais aussi une rubrique « Coup de poing », pour que vous puissiez nous dire ce qui vous plaît, ou pas, dans la revue, l’association, etc. Et enfin, une rubrique « Paye ta taule », compilation de choses vues ou entendues derrière les murs.

Enfin, sachez que ce serait très chouette si vous pouviez accompagner vos articles d’une image ou illustration, trouvée sur le net – de préférence libre de droits !

Dossier : « Abolitionnisme & Anticarcéralisme »

Un * = un article à pourvoir !

* En introduction. Retour sur les raisons politiques de la décision de mettre fin à l’action en détention : quelle communication pour le Genepi ?

* Entretien avec Jacques Lesage de La Haye autour de son dernier ouvrage, L’Abolition de la prison.

* Ces entreprises qui exploitent les travailleurs prisonniers et/ou qui construisent des taules. La privatisation de l’enfermement : un filon pour les classes dominantes.

Pas de contrat de travail, rémunération ridicule, conditions d’hygiène et de sécurité déplorables, aucune formation professionnelle (souvent des taches abrutissantes, travail à la pièce, etc.) … Le tout pour conserver un modèle économique fiable !

Partenariats publics-privés. Des groupes privés qui poussent à la construction de prisons gigantesques (pleines de malfaçons), plus économiques dans leur exploitation et leur maintenance. Alors que tous préconisent de plus petites prisons. L’État s’endette pour lutter contre la surpopulation – inefficacement.

* La militarisation de la taule. Militarisation de l’espace, nouvelles formes de polices et logiques sécuritaires. Le gigantesque marché de la sécurité : nouveaux dispositifs de contrôles, de vidéo-surveillance… Sur le renseignement pénitentiaire : écoute des téléphones portables.

* Retour sur les récents événements à la prison de Condé : fouilles à nu des proches de prisonniers, révoltes et mutineries.

* Pour la fin de l’enfermement des mineurs.

* Quid de l’anticarcéralisme dans les autres pays ?

* Sur l’évasion. Entretien avec François Besse, auteur de Cavales : De Mesrine à la liberté, l’histoire vraie du roi de l’évasion, paru en avril dernier.

* Une critique de la justice restaurative.

*Retour sur l’abolition des CRA avec la prise de position adoptée en juin dernier par le Genepi : « Pour l’abolition des Centres de Rétention Administrative et contre la collaboration du Genepi avec le ministère de l’Intérieur ».

* Une critique des nouveaux quartiers : les Structures d’accompagnement vers la sortie (SAS), les Centres pour peine aménagée (CPA).

* Une critique de la lutte contre la radicalisation en prison.

* En conclusion : féminisme et anticarcéralisme.

 

NB : tous les numéros du Passe-Murailles, anciens et moins anciens, peuvent être lus en passant par notre boutique en ligne.

Lire +